Documentaire
20
Jan
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Le fondateur et l'âme du Crapouillot de la première guerre mondiale aux années 60

 

relate avec son habituelle plume acide ses années 1940-1944 et c'est tout le paysage culturel et mondain mais aussi politique qui est passé au feu roulant de ses boulets rouges et à la moulinette de ses sarcasmes. La « hargne du domestique congédié » de certains journalistes, les compromissions et bassesses des collaborateurs zélés dès 1940, la spoliation des bien juifs, l'évolution de la société jour après jour, tout ça narré sous forme de petites anecdotes mordantes et pimenté par d'innombrables jeux de mots. Subtil et loin de la pseudo presse qui s'en réclame, Galtier-Boissière fait mouche à tous les coups. Il a de plus le don de récupérer au vol des blagues terribles, de bons mots (à propos de l'aveugle Scapini promu ambassadeur : « si on lui rendait la vue il ne lui resterait plus rien », à propos du vieux Pétain : il « prêche le retour à terre. A quatre-vingt-cinq ans il pourrait bien donner l'exemple »...) ou de décrire des scènes avec un humour décapant sans jamais vraiment un instant se laisser abattre par la liste de saloperies quotidiennes (marché noir, dénonciations, exécutions, déportations…).

L'homme connaît tout le gratin et on compare au fil des pages les situations des différents bords et classes, parfois on se prend à compter les points par exemple au sujet des pacifistes d'avant-guerre que l'on retrouve dans les deux camps ou à comparer les différents mensonges éhontés des propagandistes de tous bords qui sévissent, autant que la rumeur, sans relâche et commettent sans même y réfléchir de vrais fleurons de « Une » : « Devant la supériorité numérique croissante des Anglo-américains en hommes et en matériel, le maréchal Rommel restitue à la bataille égyptienne son caractère de guerre de mouvement ». Splendide !!

Comment ne pas penser au Marcel Aymé d'Uranus, à Au bon beurre de Jean Dutourd et pourquoi pas au discours de Papy fait de la résistance, (les français sont décidément les seuls à pouvoir s'auto-croquer avec autant de gouaille et de fiel) même si Galtier-Boissière reste inaccessible tant le ton satirique et la maîtrise du langage sont juste supérieurs. Quel esprit vif et quels mots toujours fort à propos ! Sa position d'ancien poilu rappellera aussi au lecteur le Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB de Jacques Tardi qui évoque lui aussi cette morgue des combattants de 14 par rapport à l'armée de 40 qui s'écroule très rapidement et les laisse amers.

Dès 1944 les simulacres de résistance commencent, certains font croire qu'ils sont pistés par la Gestapo, les salopards opportunistes changent discrètement de bord, soulignons néanmoins que l'auteur lui-même ne se déclare gaulliste qu'à ce moment-là itou, peut-être par peur qu'on saisisse un jour son journal ?

Si Galtier-Boissière dévore la presse, il n'hésite pas lors des premiers combats de la libération de Paris à aller lui-même se rendre compte sur place de la situation (Paris brûle-t-il ? n'est pas loin...), il note aussi les débuts de l'épuration sauvage qui débute au même moment, si lui fait la part des choses, par exemple entre un soldat allemand et un nazi, le fusil et la tondeuse s'exprimeront encore longtemps…

Ce journal recèle de multiples témoignages d'une autre époque où le français était beau, où les auteurs rivalisaient de talent, jugez de ce quatrain de Jean Paulhan :

 

Tandis qu'Abel Bonnard lèche notre vainqueur,

Abel Hermant l'évente et pose quelques fleurs,

Sur son ventre ou sur ses pieds. On se demande enfin

Voyant de tels Abel ce que font les Caïn ?

 

Henri Jeanson, au peintre Derain habituellement maculé de peinture mais à cette période costumé de neuf grâce à ses appuis : « Dites donc Derain, maintenant les tâches sont à l'intérieur ? ».

Tristan Bernard, juif, à Sacha Guitry qui lui offre de lui amener quelques vêtements : « Donnez-moi un cache-nez ».

ou encore cet extrait signé par le géant Paul Léautaud à propos du gouvernement de Vichy, il fallait oser puisque c'est tiré d'un journal (!!) : « les hommes sont rares, à soixante ans, qui savent s'adapter à des situations nouvelles. L'esprit est ossifié, tout progrès leur est impossible. On n'aurait pas dû les laisser reparaître. A situation nouvelle, hommes nouveaux ». [Encore valable aujourd'hui, définitivement !!]

 

293 pages absolument géniales.

 

© GED Ω - 03/05 2013

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