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Genre : cluedo dans la forêt ?

Scénar : Kyoto au XIème siècle a beaucoup souffert des cavaliers de l’Apocalypse Guerre et Famine. Trois hommes tentent d'échapper à la pluie. Deux d’entre eux se creusent la cervelle sur un dilemme. Le troisième, un passant, leur demande de raconter. Trois jours plus tôt, le bûcheron découvre le corps d’un homme. Le bonze a pour sa part croisé celui-ci en compagnie de sa femme. Tajumaru le bandit est arrêté avec les possessions du mort : voici un coupable tout trouvé d'autant qu'il admet avoir capturé l'homme pour s'emparer de la femme, qu’un coup de vent malicieux lui fait apparaître comme irrésistible. Mais celle-ci aurait ensuite disparu. Elle racontera sa propre version au tribunal qui devra trancher, surtout que les témoins ont des opinions bien divergentes.

Kurosawa filme une fois de plus magnifiquement les éléments de la nature, sans parler de ce décor de monument en ruines (la porte de Rashô, traduction du titre) battu par le déluge. Mais c’est encore et toujours de l’homme dont on va parler avec ce film un peu monté comme les Dialogues politiques entre trois ivrognes : trois personnages s'approprient une histoire / un discours dont un, ici celui du bonze, représente celui de l'auteur. Autre série de trois, on note aussi au passage trois décors fort distincts en éclairage : la fameuse porte dans la grisaille du déluge, le tribunal en pleine lumière et la forêt qui offre un certain clair-obscur au théâtre des faits.

D'après deux nouvelles de Ryunosuke Akutagawa, Rashômon rappelle que la vérité est bien relative dans la bouche des hommes. Ainsi, des visions bien différentes de la vie délibèrent sur des versions plausibles de l’histoire, ajoutez aux premières celle du médium qui jette le trouble avec ses révélations d’outre-tombe ! Et tous ces personnages sont interprétés par des acteurs tous habitués à tourner avec Kurosawa, en particulier Takashi Shimura qui jouait le magnifique Watanabe dans Vivre 1, et Toshiro Mifune qui crève l'écran en jouant une vraie bête sauvage (mais rusée), roulant des yeux fous et faisant tonner un rire dingue pour le plaisir. Mais son personnage est plus profond et torturé que son apparence le laisse croire, une sorte de Tuco avant l'heure qui préfigure son rôle de Kikuchiyo dans Les Sept samouraïs 2. On peut également remarquer que la musique est très réussie, très rythmique et expressive.

Malgré l’imagerie de l’affiche, on n’a pas ici affaire à un film de sabre (malgré un combat frénétique dans la forêt) mais bien à une sorte d’enquête policière dont le dénouement n’arrive pas sans un certain suspense. Dommage que certains surjouent (la déposition de la femme est un peu longue et crispante à la longue) car l’ensemble est réussi et fera tomber sur ses auteurs une pluie de prix dont un Lion d'or et un Oscar, fait notable pour un film japonais qui va emmener à sa suite une vague de cinéastes et d’acteurs vers la lumière.

Bonus : bandes-annonces de la collection et livret de critiques.

1 voir Vivre de Akira Kurosawa (avec Takashi Shimura, Shinishi Himori…) 1952.

2 voir Les Sept samouraïs de Akira Kurosawa (avec Takashi Shimura, Toshiro Mifune...) 1954.

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