Tu payes ton coup ?

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Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Cette année-là,

sûrement la première fois où le car (Pons, bien sûr !) nous lâchait en Allemagne pour un séjour linguistique, on découvre que notre pays est des plus étriqués concernant tout ce que les apprentis hardos que nous étions encore. En Allemagne, on pouvait se balader avec des cheveux verts, des T-shirts de groupes, des treillis totalement déglingués et marqués des sigles de ses idoles, des doc Marten’s même pas lacées, putain François, Pierre-François (Requiescat in pace 1), vous rappelez-vous comme on s’est fait emmerder pour nos cheveux et nos tenues par les autorités pré-séniles de notre usine à cons ?

Et voilà pas qu’en plus on a eu droit à une teuf, avec une play-list qui mêlait avec goût le meilleur de la pop internationale Eighties légèrement désuette, et donc déjà de bon goût en 1993, du punk mélo allemand et de trucs que nous n’avions jamais, jamais entendus avant mais que d’un commun accord avec le ciboulot maison, nous irions creuser plus avant une fois rentré dans le morne pays du coq qui devrait désormais penser à faire reluire une belle partie de ses plumes en matière d’ouverture et de JEUNESSE.

Elle avait fait s’accélérer un cœur death-y-dément du genre artichaut quand chacun était venu chercher son corres’, j’étais parti avec le mien (hallo Jensi, wo bist du ?! Was machst du jetzt ?) mais quand elle avait salué la sienne d’une sourire absolument éclatant - un truc assez courant aussi en Germanie - l’iceberg de façade avait fondu. Et à cette fête où elle dansait avec jupe courte, résilles punky et maquillage léger, c’était comme dans Wayne’s world 2, il n’y avait qu’elle et une ballade mielleuse dégueulasse à la place de…

Et là boum, un accord, énorme, un single en puissance, une gigantesque baffe dans la gueule pour qui le hard, le metal, le punk n’était censés ne comporter aucun rythme mais juste une course de vitesse effrénée généralement chapeautée par un chant de cinglé. Bordel mais Killing in the name of (et Bombtrack qui eut également l’honneur de la platine) changeait tous les plans de batterie de votre non-serviteur : on pouvait à la fois écrabouiller son public mais aussi le faire danser comme la pire des pauvretés à Strasbourg au XVIème siècle 3 !

Je n’oublie pas ton visage, ô teutonne de mes amours, mais la découverte de RAGE AGAINST THE MACHINE (mais aussi de CLAWFINGER programmés aussi le même soir) reste un moment incroyablement clair et définitif. Le vinyle ne tardera pas à venir à son tour faire ployer les étagères déjà chargées, et pour cause : le tricotage arachnéen de l’intro de Bombtrack débouchait sur une attaque rap-metal groovyssime à se péter la nuque, l’hymne Killing in the name of mettait le feu au crâne, envoyait des décharges électriques dans tout le corps, Take the power back enfonçait le clou tandis que Settle for nothing semblait soudain tenter d’éteindre l’incendie pour mieux le rallumer ensuite avec de l’essence etc. Et dire que l'autre face, bien que plus faible, remettait le même boxon (Know your enemy en ouverture, bam !) ! 

Putain, et dire qu’en plus les textes (et les visuels, quelle incroyable pochette !!) étaient calibrés pour l’ouverture d’yeux trop longtemps - et sciemment - maintenus dans l’ignorance par la propagande d’État et la publicité ! No more lies ! Un album absolument essentiel pour qui veut comprendre quoi que ce soit à la musique des années 1990. Et même un album absolument essentiel tout court. 

 

© Malcolm Browne, présent lors de l’immolation du bonze Thích Quảng Đức qui protestait contre la répression anti-bouddhiste au Vietnam en 1963.  

1 voir Je ne suis pas seul ! - Hommage à Pierre-François Lugagne.

2 voir Wayne's World 1 & 2 de Penelope Spheeris et Stephen Surjik (avec Mike Myers, Dana Carvey…) 1992-1993.

3 voir Entrez dans la danse de Jean Teulé (Julliard - 2018).

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