Documentaire
11
Aoû
2017

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

« Comment se tient-on face à un ancien bourreau ?
Que peut-on éprouver alors que l'on est en charge de l’aider et de lui accorder le pardon ? ». Dès qu'elle entend par hasard parler de l’aumônier André Happel qui a côtoyé à Spandau les derniers dignitaires nazis emprisonnés, l'auteur l'interroge sur ce passé puis parvient à retrouver les pasteurs qui se sont succédés de 1947 à 1987 entre les murs de la sinistre prison, voici le résultat de ces entretiens avec ceux encore en vie après six ans de recherche.

André Happel déclare qu’ « on ne peut pas comprendre Spandau si on ne le replace pas dans le contexte de ce qu'était la ville de Berlin à l'époque. C'était l'extravagance à l'état pur, un univers rocambolesque. La guerre froide battait son plein, le Mur séparait les deux Allemagnes et, dans le même temps, les Occidentaux et les Soviétiques étaient condamnés à s'entendre pour diriger cette énorme prison interalliée. On s'espionnait, on se glissait des peaux de bananes, la paranoïa était totale. Tout cela pesait sur le sort et le quotidien des prisonniers ». Dans cet univers régi par des consignes super draconiennes et un personnel très nombreux (quatre-vingt personnes sont assignées là pour diverses tâches autour d'une seule personne à partir de 1966 !), on imagine que peu la fastidieuse plongée dans la psychologie de criminels de guerre dont peu, à part peut-être le malin Albert Speer, ont exprimé le moindre remords à ces courageux pasteurs qui ont accompli leur mission dans des conditions pour le moins difficiles.

Les cas de Speer et Hess sont particulièrement évoqués : le premier pour sa complexité, Le second pour la longueur de sa peine et l'absurdité des conditions : « le prisonnier le plus cher du monde » porte bien son nom et les anicroches entre Occidentaux et Soviétiques, qui voient en Hess un des responsables directs de l'opération Barbarossa feront durer jusqu'au bout, jusqu'à sa mort, des règlements acharnés qui, s’ils sont compréhensibles du point de vue de l'ampleur du crime (rappelons que « premièrement, leur pays a souffert plus que tout autre durant la guerre, deuxièmement, que Hess n’a jamais exprimé le moindre remords et que son vol en 1941 en Grande-Bretagne avait pour but de négocier une paix séparée dont ils auraient été les premières victimes »), elles occasionnent des tracas et pas seulement pour les prisonniers, les aumôniers mais aussi le personnel pénitentiaire voient leurs conditions de vie soumises à rude épreuve.

Travail passionnant que ce bouquin, on souhaite désormais vivement que les archives anglaises au sujet de Hess qui devaient être déclassifiées cette année le soient vraiment car le silence entretient toujours la légende et le doute, particulièrement chez les négationnistes néonazis qui devraient semble-t-il (re ?)lire quelques ouvrages inattaquables au lieu de pérorer à leur habitude.

391 pages, 21,90 €
ISBN : 9782915056754

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