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Chroniques romans
07
Jan
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

« […] les ombres des Heinkel glissent sur la campagne comme les ombres des requins sur un banc de sable au fond de l'océan »

Alors pendant la guerre d'Espagne, l'américain Robert Jordan est désigné pour dynamiter un pont stratégique pour empêcher le passage les franquistes mais la mission n’arrange pas le résistant local Pablo qui voit déjà son repère perdu, ainsi que ses précieux chevaux… Jordan rencontre dans ce maquis des personnages hauts en couleur comme la femme de Pablo, la puissante Pilar, mais aussi la belle Maria qui s’entiche de lui, il ne tarde d'ailleurs pas à lui aussi tomber amoureux de cette fille au passé récent tragique. Jordan est soudain tiraillé entre devoir et humanité : « un homme doit-il exécuter des ordres impossibles en sachant à quoi ils mènent ? »

Ses pensées, les dialogues avec les autres personnages et leurs propres récits forment des trames multiples qui sont rapportées avec une précision journalistique de quelqu’un qui était sur place à l’époque, particulièrement dans les scènes cruelles (dur moment par exemple que cette exécution à coups de fléau…). La romance et l'introspection prennent peut-être trop souvent le pas sur l'action mais la langue (ou plutôt LES langueS puisqu'on a pas mal d'espagnol au programme) est belle, les mots bien choisis, malgré les saloperies de traditions barbares évoquées, du lâcher de taureaux à l'aveuglement des perdreaux qui servent d'appât au chasseur.

« Quel peuple ! pensa-t-il. Quels hommes ! Les bons sont magnifiques, incomparables. Mais quand ils se mettent à être mauvais, on ne fait pas pire. » Et Hemingway écrit bien le pays 1, ses habitants, leurs aspirations, mais aussi les égoïsmes que la République n’a pas pu (et n’aurait jamais pu) tuer dans l’œuf, le chaos entre les différentes factions, les failles politiques qui séparent les uns des autres, ceux qui ont un peu lu sur la guerre d’Espagne et l'histoire du communisme européen reconnaîtront sans problème dans le personnage de l’infâme Massart le français André Marty, quelqu'un qui n'a pas dû vraiment apprécier la teneur de ce roman.

S’il n'a pas valeur d’historique, Pour qui sonne le glas livre un portrait plein de vie d'une catastrophe sans précédent pour le pauvre pays d'Espagne qui ne se remet toujours pas de ces noirs souvenirs, le portrait aussi d’un immense espoir : « Là, on avait conscience de participer à une croisade. C'était le seul mot qui convînt, bien qu'on n'en eût tant usé et abusé qu'il n'avait plus son véritable sens. On éprouvait, malgré toute la bureaucratie, l'incompétence et les querelles de parti, quelque chose qui ressemblait au sentiment qu'on s'attendait à éprouver, et qu'on n’éprouvait pas, quand on faisait sa première communion : un sentiment de consécration à un devoir envers tous les opprimés du monde, et dont il serait aussi difficile et gênant de parler que d'une expérience religieuse. »

C’est pourtant un franquiste qui livre le seul vrai message à retenir : « Qué cosa mas mala es la guerra »

1 comme il l'avait fait pour la France, voir Paris est une fête de Ernest Hemingway (NRF / Gallimard - 1964).

497 pages

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