Tu payes ton coup ?

Théâtre
05
Juil
2010

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Exil décidément sans âge et sans espace, au point que beaucoup le vivent encore à chaque seconde où nous vivons tranquilles avec toit solide et frigo plein,

pendant que l’Europe fait semblant de ne pas « entendre et comprendre une misère non sous-titrée » comme l’intitule Benito Peligrin dans son introduction.

Restera-t-il en Espagne d’autres espagnols que ceux qui nous poursuivent ?

Car on parle ici de cet exil qui déchira les cœurs espagnols pendant l’hiver 1939, celui qui fit fuir les ruines humaines de la république vers les Pyrénées et la France avec aux basques les franquistes équipés par l’Allemagne et l’Italie qui trouvaient pour le coup un formidable terrain de jeu pour les armes d’une terrible modernité qui ne tarderaient pas à déferler partout. Ces espagnols, encore habités par l’espoir, se dirigeaient pourtant vers le camp d’Argelès-sur-Mer :

D’un côté la mer, de l’autre des barbelés.
Entre les deux une longue étendue de sable humide et froid.
Deux baraques de la taille de guérites pour abriter les gendarmes.
Et puis plus rien.

L'auteur s'est inspirée de lettres jamais transmises à leurs destinataires et conservées aux archives départementales, et livre avec ce monologue une terrible évocation de cette guerre d’Espagne qui ne peut cicatriser, et le déracinement qu’elle a engendré.

Misérable colonne, nous marchons sous la pluie. Pluie sans fin. Pluie incessante.

Et puis il y a ce froid terrible de janvier, et le silence, souvent honteux. Et la faim. Et la peur. Et puis cette folie furieuse des idéologies qui se déchaîne dans chaque camp de la guerre, l’auteur rappelle d’ailleurs que les exécutions sommaires ont lieu aussi chez les fuyards de la république. Dépossédés de leurs armes (et parfois aussi de leurs biens), les « réfugiés » dépenaillés meurent parfois de froid sur des routes françaises bordées de fenêtres fermées de peur et au rythme des « allez, allez » des gendarmes, la blessure, la honte, n’en sont que plus profondes mais

Croire que l'on sera à nouveau réunis,
Partageant doucement la simple vie quotidienne.
L’écrire aide à y croire

Exilio est un récit bouleversant qui rappelle ce que l’oubli tend aujourd'hui à recouvrir en une période où l'on fabrique l’histoire à des fins idéologiques, préparant le terrain à des lendemains funestes, on se demande ce qui pourrait empêcher le serpent de se mordre la queue, encore et encore.

Dans cette terre semée de balles et de mitraille, pénétrée du sang de l'homme, quelle moisson parlera d’avenir ?


80 pages, 6 €
ISBN : 9782918112068

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