Une petite contribution ?

InterviewsLes propos des interviewés n'engagent que leurs auteurs.
19
Oct
2014

Pat Kebra 1985 - 2013 - "Rien à cacher. Ni à mettre en avant d’ailleurs"

 

 

 

[Publié à l’origine dans Rock Hardi N° 44] 

 

Le hiatus que sépare les histoires d’OBERKAMPF et PK est très long, qu’as-tu fait de 1985 à ton retour ? Mon petit doigt m’a parlé de… légumes ?! 

 

J’ai surtout eu une vie très ordinaire, un femme, trois enfants et un travail très prenant dans le commerce. J’ai toujours eu cette fibre commerciale, j’adore la communication, et au travers d’OBERKAMPF, sans le savoir, j’avais bâti une structure commerciale car devant le refus des labels je suis allé vers l’autoproduction puis plus tard avec un label sur le registre du commerce pour récupérer la TVA etc. Je ne le faisais pas par nécessité mais j’adorais gérer les contacts avec les banquiers (pour qu’ils nous prêtent de l’argent parce qu’on était toujours dans le rouge, il fallait toujours attendre les ventes de disques et les concerts pour rembourser) mais aussi faire des contrats pour s’auto-produire avec des gens comme par exemple les studios WW, le studio Garage, avec New Rose pour dealer une distribution ou une avance, j’étais un véritable manager. Et quand je me suis retrouvé dans le monde du travail, cette expérience m’a énormément servi. Je me suis aussi retrouvé dans un monde beaucoup plus familier que celui de l’art parce que là j’avais des réponses directes à ce que je faisais. Dans le rock tout était subjectif et j’étais dépendant de gens qui tenaient plus ou moins leurs promesses ou jugeaient les choses selon leur humeur, donc ni très efficaces ni très concrets. J’en ai beaucoup souffert et ça a été un point déterminant quand j’ai voulu arrêter, le milieu était hostile, que cela soit au niveau musical car on était assez méprisés par les médias et les hautes sphères ainsi que par des gens pas très structurés, qui étaient plus là pour s’éclater en fait. Moi je n’étais pas là pour ça, c’était un parcours, une volonté de faire quelque chose. Donc je suis passé à l’affaire de fruits et légumes de mes parents. 

 

Et donc pendant cette période, aucune musique ? 

 

Pas du tout de musique non, le monde de la musique pour moi, c’était mort, je déteste pour beaucoup les gens que j’avais rencontrés alors, qui nous avaient enfoncés, et je ne croyais absolument pas ceux qui me disaient que je finirais par y retourner un jour ! J’avais coulé mon navire en arrêtant, et ça a été très douloureux de le faire, d’autant qu’il y avait une attente, que l’on venait de composer un album qui était chouette mais on était dans un état d’esprit beaucoup trop noir et désespéré pour refaire quelque chose. On était aussi endettés jusqu’au cou, on a mis trois ans tous pour rembourser ! J’ai été content de trouver un équilibre après, de réussir à gagner ma vie avec ce que je faisais. J’ai adoré mon boulot de commercial et je n’ai pas vu les vingt ans passer. 

 

La réformation d’OBERKAMPF en 2000 sans ta présence est-elle la cause de ton retour en selle avec FUTURS EX en 2005 ? D’ailleurs que penses-tu de Animal factory, l’album d’OBERKAMPF sorti dans la foulée ? 

 

Joe m’a appelé, j’étais en plein boulot et ce passé qui revenait à la surface m’a fait un peu peur, même si j’étais très fier de tout ce que j’avais fait, je n’avais pas vraiment envie d’en entendre parler. La relative indifférence par rapport à mon travail pour OBERKAMPF et le mauvais moment auquel arrive tout ça (mon père venait de décéder), je n’ai pas voulu entendre parler des rééditions du groupe puisque c’est moi qui avais la responsabilité des bandes, il n’a même pas eu le temps de parler de réformation. Sauf que quelque temps après je m’aperçois de nouveaux produits sur le marché et OBERKAMPF qui rejoue au Bataclan… Alors je me suis engagé dans une procédure contre les gens qui avaient sorti la compilation car mon sang n’a fait qu’un tour, pour moi c’était l’honneur du groupe qui était en jeu, des gens qui à l’époque avaient donné de l’argent n’étaient pas payés, tout avait été fait avec une éthique, certes artisanale mais nickel. Ils avaient déposé le nom du groupe donc je n’avais rien à dire et même s’il avait réussi, ils l’auraient mérité. Donc j’ai interdit les albums de vente après avoir récupéré les droits et j’ai reversé au centime près ce que chacun devait avoir. Pour Animal Factory, j’ai mis beaucoup de temps à l’écouter parce que nos rapports ont été mauvais pendant des années mais j’ai réussi en 2009. En 2008 j’étais avec WUNDERBACH à Rennes et j’ai trouvé cet album, je l’ai écouté et les textes et le chant m’ont beaucoup plu, Joe avait retrouvé un "cri" qui ressemblait à celui qu’il poussait dans OBERKAMPF au début, avec une voix assez agressive même si je le considère comme un album de Joe et pas d’OBERKAMPF

 

Les FUTURS EX sonnent le retour de Pat Kebra, quid donc de ce groupe ? 

 

J’ai revendu mon affaire en 2005 et un jour, Eric de WC3 m’a demandé de poser une guitare sur un de leur morceaux et j’ai pris énormément de plaisir à le faire, du coup on a décidé de faire quelques compos ensemble. On a fini par faire un album 12 titres en six mois. Dommage que quand il aurait fallu bosser pour la scène mes collègues ne suivent pas. Donc j’ai arrêté parce que tout cela ne m’allait pas. 

 

Qu’est ce qui tu pousse soudain à virer solo ? 

 

J’ai joué un peu avec WUNDERBACH pour les cinquante ans de Marco, puis ils ont voulu faire une réformation. Si je n’avais pas fait celle d’OBERKAMPF, je n’allais pas faire celle de WUNDERBACH ! Par contre je me suis éclaté six mois sur scène avec eux. Quand j’ai arrêté je me suis retrouvé tout seul à composer dans un petit local de banlieue, je me suis dit qu’il fallait que je trouve un chanteur, j’ai naturellement pensé à Joe mais il restait assez distant, je me suis mis à écrire mes textes moi-même, puis un batteur et un bassiste sont arrivés, six mois après on sortait le premier album (N. D. G. : voir PAT KEBRA [Fra] Le Cœur sur la main (Kebra Recs) 2011). 

 

D’ailleurs quand on voit comment ça sort puissant pourquoi n’as-tu jamais souhaiter chanter dans OBERKAMPF ? 

 

Je chantais beaucoup, surtout pour faire les compos en amont. Sinon j’étais assez réservé et je préférais le travail plus dans l’ombre que le poste central qui ne me correspondait pas du tout. J’ai dû assumer ce poste en solo mais ce n’est pas ce que j’ai recherché en premier. J’aimerais bien avoir un chanteur et ne me consacrer qu’à la guitare et m’éclater à fond. 

 

Et tu enchaînes avec la sortie de Décoffrage, un album brut enregistré dans l’urgence et les conditions quasi live Pourquoi pas en « vrai live » ?? 

 

On voulait retrouver une énergie live mais pas au détriment de l’interprétation, on a bossé à fond sur les rythmiques et on a fait quinze titres en douze heures sans aucune retouche, puis enregistré les voix et une piste de guitare solo. Pour un vrai live, cela demande des moyens assez importants pour la prise de son, là on a fait un disque live en studio. 

 

Tu es déjà sur le troisième, des surprises à venir ? 

 

Il y aura autant d’évolution sur le prochain que celle qui différencie le premier de Décoffrage, donc une continuité et je vois bien une pochette dans la lignée des deux premières, une sorte de trilogie. 

 

Ta play-list du moment ? 

 

Deux albums : celui de Peter Murphy (ex BAUHAUS) dont j’ai trouvé les morceaux super intéressants et un album que j’ai acheté très récemment, celui de John Lyndon avec P. I. L. parce que c’est un chanteur qui a bouleversé ma vie et que je respecte sa démarche révolutionnaire avec ce groupe, ça, c’était vraiment punk de laisser les PISTOLS pour revenir aussi sec avec un groupe comme P. I. L. Si je pouvais faire un vœu, même si c’est prétentieux, ce serait de lui composer un morceau. 

 

http://patkebra.com/ 

 

Photo de Pierre Terrasson

Les mots-clés :