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30
Jui
2012

[Publié à l’origine dans C Le Mag N°96] 

 

JEUNE GOINFRE est un duo lodévois qui mêle avec habileté pop / rock et poésie, accommodant parfois les grands classiques à leur façon, pour la plus grande joie des mélomanes. Avant que le groupe ne monte sur scène pour quelques dates cet été (le 8 juin à la Muse Papilles à Gignac, le 3 juillet au Minuscule à Lodève), quelques questions s’imposaient. Direction les petites rues de Lodève pour une conversation à la bonne ambiance avec Fabrice et Mike

 

Ged : Tout d’abord peut-être que Fabrice pourrait expliquer le nom du groupe puisqu’il en est à l’origine ? Faut être un peu zutique là non ? 

 

Fabrice Brusson : (Rires) Suis-je zutique (Rires) ? Je tournais pas mal autour de la poésie française, notamment Baudelaire mais aussi Rimbaud. D’ailleurs le groupe a eu un nom avant celui-là, également tiré d’un poème de Rimbaud : Being beauteous mais cela sonnait beaucoup trop anglais pour le chantre de la poésie française. Du coup j’ai trouvé l’association de mots JEUNE GOINFRE plus marrante même si parfois les gens s’attendent à voir arriver des goinfres plus jeunes que nous. 

 

 

Ged : De ce premier album il ne reste que toi, d’où vient l’idée de cette nouvelle mouture avec Mike et pourquoi ne pas avoir changé de nom pour redémarrer ?

 

FB : La première partie de l’histoire du groupe s’est déroulée en Normandie où j’habitais. Avec Marc, mon compère d’alors, nous avons dû faire 200 concerts dont de grosses premières parties, puis nous avons synthétisé tout ça dans un premier album. Il se trouve qu’après je suis parti vers Lodève alors que Marc est resté là-bas où il travaillait dans le son. J’ai recommencé à composer et à avoir envie d’enregister un deuxième album. La question du nom s’est alors posée : j’ai demandé à Marc si je pouvais garder le nom que je trouvais bien et c’est reparti. J’ai rencontré Mike à Lodève, incontournable car il faisait beaucoup de choses dans le coin. Quand j’ai enregistré des morceaux j’ai invité Mike à venir écouter puis s’il était intéressé à travailler sur ce matériel, il a accepté. 

 

Mike Katin : je pense que le concept du groupe que Fabrice avait créé avec Marc n’a pas beaucoup changé. Il y a toujours cette idée de poèsie, de variété stylistique, si j’apporte quelque chose de mon côté, c’est un style différent, un"goût anglais" (Rires). 

FB : C’est vrai qu’il y a les poésies mais aussi toujours des textes personnels, souvent politiques si on s’approche un peu, de plus on est toujours deux dans le groupe, ça n’a pas changé. Nous avions cherché un batteur avec Marc mais en vain, on s’est donc lancés tous les deux au lieu de se lamenter. Deux guitares, deux voix, même si sur l’album nous recréons un groupe entier en nous répartissant les instruments. Sur le prochain d’ailleurs Mike fera plus de voix et s’impliquera davantage dans l’écriture. La formule duo apporte des choses vraiment intéressantes artistiquement. 

 

Ged : Comme on l’a entr’aperçu tout à l’heure, vous jouez tous deux dans d’autres groupes, qu’est-ce qui différencie JEUNE GOINFRE de ANGIE & Co ou les INVISIBLES par exemple avec qui Mike a joué ? 

 

MK : ANGIE & Co est un des premiers groupes avec lesquels j’ai joué quand je suis arrivé ici, du blues comme tous les guitaristes aiment en jouer, les INVISIBLES sont un groupe de reprises de morceaux classiques du rock, pour danser... Maintenant je suis dans une phase de création et de composition et moins dans l’animation, même si c’est plus dur de gagner sa vie dans ce domaine. 

 

Ged : on peut donc dire que JEUNE GOINFRE est votre groupe principal ? 

 

FB : JEUNE GOINFRE est mon projet principal même si j’ai autre chose à côté. Mike aussi a un projet parallèle,TROUBADELIC, avec ses textes, ses compositions, ses arrangements. Mais nous jouons également, ensemble cette fois, dans un groupe de folk / blues avec un américain du Kentucky exilé à Graissessac, James Benton, avec qui cette fois je joue de la batterie et Mike nous a rejoints en juillet, nous espérons enregistrer un second album. Mais tout celà reste annexe, ce n’est pas ma musique même si on est tous très investis là-dedans. 

 

Ged : revenons à JEUNE GOINFRE et à cette idée saugrenue de mettre en musique les poètes maudits, domaine que les jeunes de quatorze ans d’aujourd’hui regardent avec méfiance, essai que beaucoup n’ont pas transformé, comment se fait-ce qu’ici cela fonctionne si d’habitude les tentatives se soldent par des dents cassées ? 

 

FB : d’abord tous n’ont pas échoué, il y a Ferré [NDG : à ce moment-là petit débat entre experts sur le fait que Ferré n’est pas à proprement parler un artiste rock, mais un grand artiste quand même] qui a fait RimbaudVillonApollinaireAragon etc. Quant à l’idée de mettre ces textes en musique, c’est ceux de Baudelaire qui m’ont amené aux autres. En fait au début on chantait tous en anglais, il était hors de question de chanter en français quand nos maîtres du rock des années soixante-dix chantaient tous en anglais. J’avais même trouvé une traduction desFleurs du Mal en anglais mais traduites, ce ne sont plus les mêmesFleurs... Ensuite les textes s’imposent d’eux-mêmes, c’est à leur lecture qu’apparait le peu qu’il y a à rajouter pour en faire des chansons, la musique n’est pas là pour mettre la poésie en valeur, c’est plus le contraire qui va se passer. Le texte semble s’imposer, on va le choisir pour de mystérieuses raisons. 

 

 

Ged : dans un même ordre d’idées, tu t’es aussi approprié des visuels de Brueghel l’ancien ou Théophile Bras, pourquoi ne pas avoir fait, par exemple, appel à un artiste du coin ? 

 

C’est ma femme qui s’est beaucoup occupé de la pochette, elle évoque un parallèle fait entre les Aveugles de Baudelaire et la Parabole des Aveugles de Brueghel l’Ancien, sans parler d’un clin d’oeil à notre société qui vit aussi une période de cécité, soit par volonté soit par inconscience. Par ailleurs les questions que l’on se pose aujourd’hui étaient déjà posées à l’époque des fameuxAveugles de BaudelaireThéophile Bras est dans le domaine public et il correspondait assez lui aussi à cette décadence fin de siècle. 

 

Ged : Restons sur le visuel : as-tu lu La Chambre de Lautréamont d’Edith et Corcal ? Cet album met en scène Rimbaud, justement à son époque zutique ! 

 

FB : Non mais l’album zutique va beaucoup plus loin que Rimbaud lui-même, d’ailleurs quand on voit arriver, quarante ans plus tard, les Surréalistes, on ne peut pas dire qu’ils arrivent de nulle part, sans oublier Jarry entre temps, TOUT est tissé. 

 

Ged : Pour revenir au groupe, j’ai vu que vous jouiez régulièrement sur scène, quelle importance attachez-vous au live par rapport à la phase studio ? 

 

MK : Jouer live c’est réel : de l’énergie et de la communication, l’alchimie entre nous deux en quelque sorte ; enregistrer est plus un exercice pour les idées. J’adore jouer live, je chante aussi d’ailleurs...

 

FB : On a une setlist qui comprend des morceaux des Aveugles, quelques reprises et aussi de nouveaux morceaux que l’on commence à enregistrer. Certains morceaux du premier CD refont aussi leur apparition d’ailleurs. 

 

Ged : On parle aussi d’un autre projet, Les Voyants - les Aveugles, quelques mots à ce sujet ? 

 

FB : C’est un projet en gestation qui viserait à monter le spectacle centré d’abord autour de la poèsie et qui serait peut-être dirigé vers les médiathèques. A suivre... 

 

 

Ged : Quant au troisième album, pour quand peut-on l’attendre ? 

 

FB : J’aimerais bien en fin d’année, il sera plus court, une dizaine de nouveaux titres seront au programme. 

 

Vivement que nous puissions nous mettre ça dans les oreilles, en attendant, rendez-vous aux concerts de JEUNE GOINFRE, soutenez vos groupes locaux !

 

P. S. : chroniques des disques : JEUNE GOINFRE [Fra] 1 2 3 goinfre (Autoprod) 1999JEUNE GOINFRE [Fra] Les Aveugles (Lalouline Editions) 2011 et JEUNE GOINFRE [Fra] Enivrez-vous (Autoprod) 2014

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