Tu payes ton coup ?

InterviewsLes propos des interviewés n'engagent que leurs auteurs.
03
Fév
2017

Ses monstres ont la franchise tailladée dans le visage,

celle que l’humanité avec un petit H voudrait cacher derrière un sourire de faux-jeton. Cassons les mâchoires et déchirons les lèvres du mensonge immémorial, sic transit gloria mundi : ecce homo.

Salut, pour ceux qui ne te connaissent pas encore, comment en es-tu venu à peindre et à propos de tes travaux, quand et comment se sont-ils connectés à la scène metal ?

Salut Ged, j'ai commencé à peindre dès mon plus jeune âge. À l'époque, j'étais déjà fasciné par les ténèbres et la monstruosité. Mes peintures sont pour moi un moyen de mettre en exergue mes pensées les plus sombres et ce de manière cathartique. La première pochette que j'ai réalisée est un EP vinyle d'AGATHOCLES qui est aussi la première prod sortie sur le label de mon frère Sunship Records. Ensuite j'ai commencé à faire des pochettes pour DROWNING THE LIGHT et ainsi de suite.

L’élément qui choque / séduit / intrigue, c’est selon, c’est le sang que tu utilises dans tes œuvres, en l’occurrence le tien. Alors que tu sembles beaucoup prendre soin de toi et rester éloigné de toute forme de drogue, on sait clairement que l’auto-destruction, si elle a une place dans le processus, n’y est pas vraiment pour grand chose… Le masochisme aurait-il quelque chose à voir avec notre affaire ? Ou bien…

Évidemment je ne suis pas le seul à utiliser mon sang en art, Orlan l'avait déjà fait dans les années soixante, de même que les actionnistes viennois. En revanche, l'idée du sang chez moi incorpore la notion de processus. En effet, je n'utilise pas de seringue mais me lacère les poignets avec une lame de rasoir puis trempe mon pinceau directement dans la plaie. Le sang est synonyme de mort et de pourrissement, le fait que certaines de mes toiles soient réalisées ainsi accentue l'idée de fin en soi. Rien n'est éternel et mes peintures, soumises à ces lois, pourrissent et meurent telles nous autres êtres vivants. Même si cela paraît paradoxal au premier abord, j'ai une idée précise du culte du corps et de la force. Je pratique et enseigne le kick boxing depuis de nombreuses années et cette discipline stricte régule en quelque sorte la balance entre chaos et ordre. Souffrir c'est exister. Nietzsche disait : « La vie n'est que souffrance, survivre, c'est trouver une raison à la souffrance ».

Tout ne serait que rituel et si oui trancher la chair procède-t-il d’un même acte à chaque fois ? Quel est ton rapport au rite et à la religion, tu les évoques systématiquement dans tes différentes œuvres, doit-on y voir une quête vers l’absolu ? Un cheminement mystique ?

En effet, il s'agit d'une sorte de rituel, j'ai mis en scène ce processus dans la vidéo que j'ai réalisée de K.F.R intitulée There is no God but Him. La religion et la mort sont des thèmes qui se retrouvent dans tous mes travaux, aussi bien picturaux que sonores. La quête de soi mais aussi la compréhension du monde met en évidence cette part mystique qui réside en chacun de nous. Néanmoins, la seule révélation que je mets en œuvre dans mes travaux est la fin absolue, l’annihilation et la mort.

De quelle manière « fixes »-tu le sang en peinture ? Substance difficile à manier s’il en est, comment le traites-tu en tant qu’outil artistique ? Aucune réaction de ta famille ou de tes proches quant à la peinture avec du sang qui doit légèrement surprendre un public non-averti ? Laisses-tu la porte ouverte ou cloisonnes-tu soigneusement ta vie d’artiste et les autres ?

Le sang se fixe assez bien par lui-même sur le papier ou la toile. Cela coagule très vite donc il faut travailler les effets de clair obscur le plus rapidement possible. Cela ajoute à la spontanéité des œuvres, réalisées en une fois, j'utilise beaucoup de mon sang à chaque session. Mes parents sont décédés avant même d'avoir pu voir une peinture faite avec mon sang mais je ne pense pas que cela leur aurait posé problème, ils connaissaient mon état d'esprit jusqu'au-boutiste et l'importance que revêt pour moi la violence en art.

Dans quelles conditions envisages-tu la création ? Un climat (lumière, musique, humeur, moment de la journée…) est-il indissociable de ton envie de travailler ? Est-ce que l’alentour (actualités par exemple) influe sur ton travail ? Ou bien laisses-tu ton esprit clairement guider la chose ?

Je travaille par pulsion, mon besoin de vomir mes pensées sur la toile est alors inévitable. Tout stimuli extérieur n'a que peu d'importance sur la tournure que prend l’œuvre car je puise avant tout dans mes pensées. Être en plein soleil avec une musique joyeuse en fond ne me fera pas pour autant peindre un truc enjolivé. L'état de demi-conscience est également un procédé que j'expérimente beaucoup, le fait de rentrer en transe et de laisser aller des gestes guider par l'esprit et non le corps. Il m'est arrivé parfois de sortir de mon propre corps et de sentir d'autres présences. Ces moments à cheval entre ce monde et celui des morts m'ont beaucoup inspiré dans ma pratique.

Ta pratique régulière / intensive du sport est-elle pour quelque chose dans cette sérénité dans l’insanité ? Beaucoup de tes peintures sont tout de même assez dingues pour quelqu’un extérieur au milieu sombre, comment expliquer les « rencontres » entre personnages historiques, enfants, animaux et symboles telles que tu les exécutes ? Quelles sont les clés de compréhension à posséder avant d’appréhender ton art graphique ?

L'enveloppe ne fait pas l'esprit, je ne porte pas de costume, je n'ai nul besoin de prouver à qui que ce soit mon esprit sombre, les corps déguisés sont semblables. Je ne me suis pas forgé au gré des modes ou courants de pensée mais suis resté fidèle à ce que je suis. Tout a une raison et chaque élément de mes peintures revêt une symbolique et un sens particulier. Bien sûr, chacun est libre de voir et d'y comprendre ce qu'il veut, principe même de l'idiosyncrasie.

La composition de tes morceaux, pour K. F. R. est-elle également assujettie aux mêmes « climats » ? La musique fait-elle totalement partie d’un prisme aux multiples facettes ou cloisonnes-tu chacune des activités comme autant de vecteurs ?

K.F.R étant la retranscription sonore de mes peintures, la composition est assujettie aux mêmes principes et processus. Mon but est de réaliser une sorte de Gesamtkunstwerk, un art total noir et synesthésique. Mes différentes pratiques sont donc complémentaires et forment une entité qui est à même de se libérer du carcan de l'artiste, au sens du créateur. En effet, j'estime n'être qu'une sorte de vecteur qui relie ce monde avec l'au-delà à travers différents médiums. L'homme n’est que l'outil guidé par une force inconnue.

Il semblerait que tu t’intéresses à la photographie, surtout en tant que modèle et metteur en scène de tes propres sujets, Harry Forge et Dâjjal rôdent pas loin, quelque chose que tu chercheras à creuser encore un peu, pour éventuellement déboucher sur du tangible (Papier / Cadres…) ? Et en ce qui concerne la vidéo ?

Je travaille la vidéo depuis de nombreuses années, et c'est naturel pour moi de l'intégrer à ma démarche. L'art total, le gesamtkunstwerk est un but que je cherche à atteindre, tout comme Scriabine cherchait a parfaire son clavier oculaire... Les personnages que je me suis créés sont en quelque sorte mes alter egos, les silhouettes qui dessinent ma personnalité. Nous vivons une ère qui est sur le point de changer radicalement et Dajjal en est un signe.

Merci pour tes réponses et à bientôt, libre à toi de choisir les derniers mots de cet entretien…

Merci à toi pour cette interview. Un EP va sortir courant juin [2013], il s'intitule Lunatic Meditation. Il s'agit d'un disque expérimental et très personnel avant la sortie du deuxième album Nekro qui lui est le disque le plus sombre et hystérique de K.F.R. Sur ce dernier, outre Déhà à la batterie, Azgorh de DROWNING THE LIGHT chante sur un titre et Joseph Bishara, le compositeur des films Insidious I et II, The Conjuring, 11/11/11 etc. a composé une intro spécialement pour l'album.

UPDATE [2017] : le dernier album intitulé Zéro est maintenant disponible en double vinyle limité à 200 copies sur le label de mon frère Sunship Records qui était également responsable de la sortie vinyle d'Anti et du split avec OBT. Zéro est le dernier album de K.F.R, il s'agit du plus personnel que j'ai pu réaliser, tous projets confondus, et également du plus sombre. La pochette est d'ailleurs un autoportrait réalisé avec mon sang. Pour ceux que ça intéresse, j'ai également comme projets, SATURNIAN TEMPEL, du black atmosphérique lié au cosmos, GRIIIM, un projet black ambiant indus, DE VERMIIS MYSTERIIS, du true black et enfin DJINN que je partage avec Old de DROHTNUNG.

Les mots-clés :

×
Ne manquez plus une seule chronique !
Pas de harcèlement ici, c'est un mail chaque lundi avec la quinzaine de liens de la semaine précédente à découvrir, c'est pratique.
Sans oublier que des concours donneront lieu chaque semaine à gagner des bouquins et des invit', strictement réservés aux inscrits et pas aux autres, forcément.
Ged-set power !
×

Page Facebook Nawakulture

Ne partez pas sans avoir "aimé la page", retrouvez tous les articles, vidéos et reportages sur votre mur. Soutenez Nawakulture en vous abonnant à la page Facebook et en partageant les chroniques.