15
Nov
2022

A priori, c'est vrai, pas besoin de ciel gris pour ressentir comme une certaine petite déprime,

les fêtes de Noël arrivent et avec elles le cortège de lumières qui n'éclairera pas l'ombre des moins fortunés, de ceux dont les mois se résument à des fins puisque le cinq, le compte passe à la jolie couleur rouge, il est death-y-dément des saisons où il faut savoir lutter, au moins pour donner l'illusion aux enfants que l'esprit est là, allez, soyons fous, youpi on décore le sapin et puis on verra bien ce qui se passe ensuite. Et parfois, voire même souvent dans notre cas, on se dit que c'est toujours chouette d'avoir de bonnes surprises, particulièrement dans des lieux qui s’y prêtent.

Le parc de jeux pour les enfants après l'auguste pont du village est l'endroit où j'aime me balader intérieurement grimé en Père Noël pour aller distribuer à la boîte aux livres, une invention que j'aurais tellement aimé connaître enfant tellement j'avais soif de connaissances, en tout cas de lecture, et le petit argent de poche de tout le monde ne suffit pas forcément quand on est un vorace impénitent. C’est à eux aussi que je pense quand je vais garnir les étagères ; quand on a la chance de recevoir beaucoup de livres, on se doit quand même d'en partager une partie, après tout remplir la maison comme je l'ai fait de toutes sortes d'instantanés de ma vie de papier ne servirait presque qu'à un décor si je n’y puisais pas régulièrement les renseignements et autres anecdotes qui parsèment mes articles.

C'est donc chargé de brassées de livres plutôt orientés enfants-jeunesse-merveilleux-fantastique-fêtes que je déboule devant ce fabuleux petit monument à la solidarité et il s'y trouve déjà une dame que je laisse farfouiller, elle a dégoté un polar scandinave délicieux, je serais presque à deux doigts de la féliciter mais la timidité fait le reste, le silence n’est interrompu que par cette ombre qui me représente et recouvre les livres, la dame se retourne, un peu surprise par le format de ce gaillard tatoué portant des livres qui n'ont pas grand-chose à voir avec son allure de bûcheron. Elle trouve bien que je pense aux petits et qu'il y en ait pour tous les goûts jusqu'à ce qu'un drôle de rictus déforme une fraction de seconde sa bouche qui se met à raconter un souvenir récent qui me remplit immédiatement de haine.

En gros : « la dernière fois que je suis venue, je voyais le type faire, il avait ouvert le coffre de sa bagnole et le remplissait de livres et je lui ai dit qu'il devait sûrement être un gros lecteur », la dame retenant sûrement son envie de lui dire bien plus franchement les choses, à défaut de maîtriser le décisif coup-de-tête-balayette-manchette cher à mon copain Sam’X. C'est là que l'on se dit qu'avoir été là au même moment, par exemple sur un banc qui aurait permis de ne pas être aperçu tout de suite, aurait provoqué une toute autre fin à cette histoire à la saveur amère, Môssieur le « brocanteur de Saint-Chinian » en aurait pris plein les oreilles de ce vocabulaire que les professeurs de français ne m'ont pas appris et qui permettent en quelques secondes de transformer le sans-gêne en boule de honte.

Le paltoquet qui se permet ce genre de trucs mérite simplement un grand coup de pompe dans le derche. Certains ont les moyens et se font plaisir en amenant ici des livres de beau format et de prix certain, les autres font ce qu'ils peuvent, amènent et emportent en toute modestie, les chanceux, particulièrement ceux qui sont dans la galère et qui ressentent le besoin de lire contrarié comme une douleur, peuvent tomber sur un beau livre qu'ils auront plaisir à lire et conserver peut-être, c'est leur droit, à partir du moment où l'équilibre n'est pas rompu entre générosité et besoin, car cet endroit est aussi un endroit de rencontres où l'on peut parfois parler bouquins mais aussi de tout à fait autre chose car les gens très différents qui se pressent devant les reliures n'ont parfois pas grand monde à qui parler…

Et juste pour ça, cette petite bicoque remplie de papier fait bien son boulot de recyclage, qu'il s'agisse d'écriture ou de conversation, même si elle évoque un sinistre cuistre profiteur qui n'a strictement rien compris au fonctionnement du partage et qui serait bien invité à aller commettre le booknapping loin de chez nous. Pour finir sur une note tout à fait personnelle, comme j’arpente souvent les puces et que je n'oublie jamais un livre qui m’est passé entre les mains, même des décennies après l'avoir donné, je suis d'avance ravi de me dire qu'un jour je finirai par tomber sur un des dons de la maison, et l'on verra alors si le monsieur lit ce qu'il dérobe au kilo / culot ou s’il n'est, comme on le pense, qu'un vil égoïste vénal. Bien mal acquis ne profite jamais, « c’est mon petit doigt qui le dit » pour citer le Pequeño !

Bonne journée en tout cas Madame, vous ne regretterez pas votre choix de lecture.

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