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InterviewsLes propos des interviewés n'engagent que leurs auteurs.
25
Mar
2019

Nawakulture correspond régulièrement avec les marseillais

depuis 2014 et leur première partie de THE CASUALTIES à la TAF 1. A la sortie de leur fracassant dernier album en date, Ignorance is strength, on a ressenti le besoin d’en savoir plus sur ce qui animait la formation, sur les projets à venir et les prochaines occasions de subir leurs assauts dans une salle de votre choix. Dont acte !

Le temps passe vite ! Deux années séparent votre dernière sortie du nouvel album, qu'avez-vous fait pendant tout ce temps ? Est-ce que les projets parallèles de certains des musiciens ont pris plus de place que prévu ?

On a pondu des enfants pour la plupart d'entre nous. Du reste, nous avons tous une vie professionnelle et familiale prenante. Aucun projet parallèle n'est venu interférer avec l’évolution du groupe. On a pris le temps de composer et de faire produire cet album par une personne qui nous correspond et qui comprenne notre univers musical et le rendu sonore que nous voulions donner à cet album. D'ailleurs on remercie encore une fois Tom Powder pour son travail et son approche.

L’année prochaine, le groupe fêtera ses dix ans d’existence, un concert est-il prévu en ce sens ? Dans tous les cas, quel bilan tirez-vous de cette période ? Après certains changements de membres, sentez-vous maintenant un line-up définitif depuis fin 2011 ?

Nous n'avions pas réalisé que cette année est celle de nos dix ans d'existence, évidement nous allons fêter ça, reste à savoir comment, ça sera la surprise. Le temps est vite passé, on s'aime beaucoup et on ne voit pas les années qui passent. Concernant le line -up, l'arrivée de Benji a été une rencontre humaine autant que musicale. On se sent bien dans cette configuration. Nous avons tous des goûts, des attentes et des horizons différents. Notre force est la résultante de cette diversité. Bref, on se sent bien ensemble.

 

Entrons dans le vif du sujet, le hâchoir n’est jamais loin pour se frayer une ouverture, alors que vos premières apparitions discographiques se font par le biais des collègues de Neanderthal Prods, la suite se fait sous le signe de l’autoproduction (split avec les vétérans FILTHY CHARITY, les deux albums…). Êtes-vous à ce point assoiffés de liberté que vous ne laissiez personne interférer ou parvenez-nous à réinjecter suffisamment dans la machine pour qu’elle se suffise à elle-même ?

 

Ciko et Isa font partie de Neanderthal Production donc aucune pression ou interférence dans la création ou la production. Nous sommes partisans du DIY et effectivement les tournées nous permettent de nous éclater, rencontrer des gens et accessoirement s'il reste un peu d'argent à financer les productions d'albums. Nous sommes toujours très à l’écoute de projets que l'on peut nous proposer comme cela a pu se faire avec Neanderthal ou avec Terror Music Asso.

Le split avec FILTHY CHARITY est issu d'une collaboration avec de multiples acteurs et surtout un énorme plaisir de réaliser un projet en commun avec ce groupe marseillais.
En terme de liberté et d'independance, nous sommes vraiment guidés par ce qu'on aime, ce qu'on veut vraiment faire donc en résumé : on fait ce qu'on aime et on aime ce qu'on fait dixit le gratteux. Et on s'en bat les couilles même si on n'en a pas dixit la bassiste.

Joli boulot do it yourself que ce disque qui se présente sous la forme d'un chouette digipak dont la pochette mérite quelques éclaircissements : doit-on évoquer 1984 à la lecture du titre ? Doit-on comprendre quelque chose de précis derrière le montage de couverture ? Les frontières et les migrants vous ont-ils inspiré un fil rouge ?

Merci pour le compliment! La création de la pochette est pour nous une illustration du roman d'Orwell, visionnaire de l’état de la société actuelle. Effectivement, 1984 a été une source d'inspiration. Nous avons pensé cette pochette comme l'image des morceaux qui composent cet album et nous souhaitions avoir un rendu esthetique qui nous plaise. C'est une des raisons qui nous a fait choisir le format Digipack. Pas de migrants ou de question de frontières géographiques, mais simplement un constat social et sociétal qui n’échappe à personne. Les barbelés et les silhouettes representent plus l'aliénation, l'absence de liberté et d'esprit critique.

Bien sûr que George Orwell a une fois de plus mis un grain de sel inconscient à une œuvre de plus puisque un titre porte celui de son roman mais quels sujets les autres abordent-ils ? Que se cache-t-il derrière ce garçon avec un flingue, ces Jours modernes, ces Seigneurs de guerre, l'adrénaline ou encore (les compères marseillais, si ce sont eux qui sont évoqués ?) FILTHY CHARITY ?

The Boy with a gun est la métaphore de la fin de l'insouciance juvénile. L'enfant qui se tire une balle dans la tête tous les matins est une allégorie, donc en verité tu tues l'enfant qui est en toi, tous les jours. C'est donc l'image d'un compromis, de faire coexister tes rêves d'enfant et la réalité de la vie d'adulte, et surtout ne de pas perdre de vue ton âme d'enfant et l'innocence que tu as à cet âge.

Modern days : l'amer constat que l’époque est dystopique comme Sir Arthur Blair l'avait décrit dans nombre de ses romans. C'est comme si on attendait une révolution tout en étant spectateur et non pas acteur du changement souhaité et voulu. Donc une grosse différence entre le souhait de l'action et l'action en elle-même. L'individualisme contre l'esprit d’équipe et le bien commun.

War lords : le texte est né le jour où les forces US ont bombardé Alep. La force et la violence de la destruction engendrées mais aussi la façon dont les médias ont traité l’évènement, ont inspiré les paroles.

Adrénaline raconte ce besoin d’émotion et de sensations fortes pour se sortir des travers du quotidien. Le dépassement de soi, les défis et le challenge, ainsi que le plaisir... Tout ce qui te permet d'aller au delà de ta zone de confort.

Filthy Charity c'est la médiatisation de la charité et le sentiment apaisé de culpabilité après avoir donné quelques euros pour la bonne cause sans toutefois aider ton prochain dans ta vie quotidienne. A chaque concert ce morceau est toujours l'occasion de faire une dédicace aux copains du groupe FILTHY CHARITY.

Sans dire que les précédents était pourris, on peut dire que le groupe passe le palier supérieur avec cette production efficace, cet emballage nickel-chrome, dommage juste que moins de vingt minutes de musique soient au programme… N’aurait-on pas pu ajouter quelques bonus à ce court disque ? Peut-être vouliez-vous absolument garder un côté brûlot, spontané, court et droit-dans-la-tronche ?

Merci de considérer cet album comme une progression. C'est effectivement le retour que nous avons lors de nos concerts et pourtant nous n'avons pas le sentiment d'avoir mieux fait cet album par rapport aux autres. Concernant la production, la touche de Thomas Palmade (Tom Powder) du Old Tree Studio nous a aidé à sortir un album de qualité. Nous avons peut-être gagné en expérience sur le choix des morceaux et leur cohérence pour la création de cet album. Ce qui peut expliquer qu'il soit plus homogène et percutant que les autres. Ce que nous recherchons avant tout c'est l'efficacité et l’énergie qui se dégagent des morceaux. Nous voulions que cette énergie que nous avons lors des concerts soit présente dans cet album et c'est un pari gagné au vu de ta question. La durée de disque n'est pas un critère que l'on prend en compte dans la creation de celui-ci. On aime beaucoup le côté claque dans ta gueule, percutant, efficace ....droit au but (sic)

Les influences sont toujours aussi variées, on sent des pointes de crust, de punk / hardcore à la CASUALTIES, du metal thrashy, un truc assez pratique pour se construire un public varié et ouvert d'esprit, quelle est la véritable recette, l’essence même d’une composition du groupe ?

La diversité dont nous faisions état précédemment est l'essence de ce groupe. Diversité d'horizons, de goûts musicaux, mais une seule envie nous anime : prendre du plaisir à ce que nous faisons. Les influences sont nombreuses: metal, heavy metal, punk, hardcore, metalcore, crust, black metal, variété italienne (sic) et française années 80's, thrash ... ----------> même de la trap pour Benji et son cotorap. Les inspirations dépendent des envies du moment, il n'y a de schémas types ou de recette que l'on duplique. C'est vraiment un échange d’idées et de ressentis sur les propositions de morceaux. Chacun apporte sa touche à l’édifice et il en ressort des morceaux variés mais du BUTCHER PROJECT in fine.

Le groupe passe pas mal de temps sur la route, en France mais aussi en Italie, avez-vous des plans concerts à annoncer ? Peut-être aussi les conditions pour vous faire jouer quelque part ? Quelle est l’importance du live pour le BUTCHER PROJECT ?     

L'importance du live est cruciale, on aime faire des concerts et rencontrer des groupes, des lieux et un public différents. Le groupe est vraiment plus un groupe de scène qu'un groupe de studio, nous prenons du plaisir à ressentir l’énergie et la partager lors de nos concerts. Le maître mot est de s'amuser. On n'envisage pas notre groupe sans live.

Nous sommes curieux et assez ouverts donc les conditions sont assez peu nombreuses pour nous faire jouer quelque part. Pas de plan concert à annoncer pour le moment c'est en prévision, on y travaille et on aimerait vraiment partir plus souvent en France ou en Europe, à bon entendeur!

Pour finir, alors qu'on demande souvent aux groupes de citer leurs idoles, j'aimerais pour ma part connaître le nom de quelques-uns de ces héros qui ont chuté récemment dans l'estime des membres du groupe, qui avez-vous sciemment oublié par manque d’intérêt ?

Nous n'avons pas vraiment de héros ou de groupe qui aurait eu une influence majeure. S'il fallait citer un seul groupe qui nous a inspiré de la déception cela serait METALLICA. Groupe qui a marqué l'adolescence de plusieurs d'entre nous, donc un réel coté affectif. Mais qui depuis plusieurs années enchaîne les déceptions tant en live que sur albums. Nous avons le sentiment qu'ils n'arrivent plus à créer et que nous assistons à un plagiat de METALLICA par METALLICA, un comble ! Trujillo sors de la, avant qu'il soit trop tard, redeviens un ST. Plus une évolution marketing que du bonheur musical.

1 en fait si tu veux lire des articles au sujet du BUTCHER PROJECT, ils sont tous listés là : https://www.nawakulture.fr/index.php/rechercher?searchword=the%20butcher%20project%20[Fra]&searchphrase=exact.

http://www.thebutcherproject.com/

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