03
Oct
2022

j'ai découvert un vide, l'absence, j'ai vu la vie quitter tes yeux, elle m'a un peu quitté par la même occasion.

Ce n'est pas vraiment que je croie que l'on vit les uns pour les autres, on se complète, on s'agglomère pour ériger notre petit château et tu sais qu'une pierre en moins dans la bâtisse peut souvent mettre à mal un mur. Il y a ce silence aussi, c'est marrant comme un dormeur comme toi pouvait « meubler » mes jours, les ponctuer de petites joies dont tu étais souvent la victime, de mes moqueries surtout. Après tout le bouffon n’est-il pas là pour se ficher un peu du roi de temps en temps ? Tu as occupé le trône de dix piges de ma vie d'oiseau de nuit, d'être concentré, posé, parfait complément de ce sommeil que seuls les chats peuvent ressentir et pratiquer aussi fréquemment, de cette nonchalance, rappelle-toi un peu cette feuille que j'avais posée sur ta tête mon Totoro, que tu n'avais pas l'air de sentir, tu parles d'une rigolade, il avait quand même fallu que je te l'enlève ou tu aurais passé une plombe avec ce couvre-chef de fortune…

Va savoir pourquoi, il me semble que tu savais mon besoin de solitude, mon manque d'intérêt pour mes congénères, un peu comme toi en fait depuis que le virus t’avait freddymercurisé, je suis au hasard le cul posé au bord de la rivière là tout de suite, sur le domaine qui aurait pu être le tien si tu étais resté le grand chasseur que tu fus, prenant ensuite de bonnes pauses allongé devant la télé pour faire comprendre qui était le centre d'attention. Tu étais quand même du genre affectueux (on se rappelle les cadavres déposés devant la porte, petit pachat Noël !), frotter ta tête comme un bourrin sur nos affaires ne servait pas qu’à poser ta marque, tu aimais le foutoir sans fin dans lequel nous vivons, le grand nombre de cachettes potentielles où tu tentais de te faufiler, comme ce trou de chantier qui faillit te condamner aux oubliettes ou le dessous du lit de ta sœur de cœur qui t’a elle aussi tenu la patte jusqu'au bout… Ne parlons pas de celle qui t'avait reçu bébé dans sa vie et que tu n'as pas quittée pendant seize ans… Tu as connu tellement de fins dans ta longue existence qu'on ne voulait pas s'attendre à celle-ci. Le cœur brisé, nous constatons aujourd'hui sa terrible vérité que tous les trois nous ne pouvons pour le moment pas accepter, si scientifiquement logique soit-elle. Et puis qu’à donc à foutre la science dans les sentiments aussi forts qui nous liaient à toi, à tes facéties et à tes humeurs particulières ?

Je me vois mal te lire tout ça, comme j'aurais aussi aimé le faire pour Nina, la chienne voisine et principale victime de ton besoin d'exclusivité. La pauvre a disparu juste avant ton départ, volée par un type qui mériterait son poids en plomb dans le buffet, nous avons eu la chance d'être avec toi tout le long de cette satanée ligne droite qui nous attend tous, et désormais la question mérite d'être posée : serons-nous aussi solidement accompagnés nous-mêmes quand il faudra faire nos adieux ? Difficile de penser comme un chat mais gageons que notre présence a facilité le passage vers l'au-delà, qui sait alors combien de vie te restait-il à vivre avant ce saut dans l'inconnu ? Si la légende autour des chats s’avérait authentique, je voudrais bien égoïstement (mais je ne suis pas le seul), que la prochaine aussi se passe à nos côtés mon Mishi. Mais tout ça est une autre histoire, un peu trop fantastique pour être honnête, le trip à la Simetierre ne nous inspire pas vraiment, chez nous les Church ont toujours été Dead, repose donc en paix mon tas de poils, j'ajouterais même merci pour tout ce que tu nous as donné (bon gré mal gré, bougre de chatgouin)…

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