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InterviewsLes propos des interviewés n'engagent que leurs auteurs.
15
Avr
2015

Jetant un oeil à la photo de couverture du livre de Marie-Christine Descouard, (Le Café de la Gare, quelle histoire !)

dont il signe la préface, Romain se marre quand je lui dis quelle belle gueule aurait cette photo de la bande avec leur tronche d'aujourd'hui, défunts exceptés ("ça occasionnerait quelques exhumations"). Car il ne faudrait pas oublier que Romain BouteilleColuche et leurs copains vont construire ensemble un lieu et une histoire particulièrement importante dans le milieu du théâtre underground d'abord, puis grand public ensuite. Car participeront à l’aventure Miou-MiouPatrick DewaereHenri Guybet, puis plus tard Gérard LanvinGérard Depardieu ou encore Renaud !

Pour en savoir plus sur le spectacle qu’on avait cru concerner une certaine anarchie, Romain va plus loin : "C’est un conte dans lequel les "inorganisés" gagnent une guerre contre les organisés. Ils n’ont pas de lois, ne sont pas hiérarchisés, les Yéomen adorent la guerre et sont extrêmement efficaces, ils sont un peu les archers de Robin des Bois, sans loi, on ne peut pas leur donner d’ordre. Pour être franc, ce qui concerne l’anarchie est plus du niveau du canular. Evidemment que derrière il y a un anarchiste, mais qui n’est pas dogmatique. Je ne suis dogmatique qu’au niveau de la comptabilité : on s’aperçoit par recoupements qu’une hiérarchie gaspille, jette au néant 87% de l’énergie. Ce ne sont que des évaluations rigolotes à faire mais qui font remarquer qu’une anarchie, même malfoutue, ne pourrait pas atteindre une telle perte. Tout ça m’amuse dans la mesure où ça donne possibilité à des canulars, des ironies rigolotes."

C’est bien beau mais le sieur a-t-il une solution pour remédier à tout ça ou désespère-t-il, pauvre Bouteille, à l’amer ? "Tiens, ça me fait penser à ce journal tenu par des polytechniciens qui m’avait posé des questions là-dessus : il faut vraiment qu’il y ait une vraie panique derrière ! J’en ai plein des solutions, mais c’est comme si on avait des solutions pour vider la mer… Je ne suis pas un révolutionnaire et puis ce qui est difficile en anarchie, c’est qu’on ne peut pas en faire un dogme parce que par définition, ça deviendrait un système autoritaire or c’est en ça qu’elle a sa faiblesse." C’est à petit niveau que l’exemple a été donné : "avec cette équipe-là [tapotant la couverture du bouquin], dès que l’on a commencé à faire le contraire du normal, le théâtre a été rempli à une vitesse ! Ce sont eux qui ont tout construit, personne n’a été choisi, ils sont restés parce qu’ils ne faisaient rien, c’est tout-a-fait par hasard qu’on a dit que les bâtisseurs / propriétaires devraient jouer dans le théâtre ! Y en a plein qui ne voulaient pas jouer la comédie. Miou-Miou n’avait pas la moindre notion, Sotha ne voulait pas jouer, Coluche ramait sympathiquement avec un petit numéro qui ne marchait pas du tout, Guybet lui avait été dans des cours de comédie après avoir joué l’enfant au cinéma et ne voulait surtout pas y retourner…"

Est-ce une certaine poésie des choses, un esprit particulier qui a amené ça ? On a le droit de rêver mais dura lex, sed lex : "ah non, c’est la loi. Moi j’étais Garde des Sceaux, je disais la loi, mais bien entendu il n’était pas question de punir celui qui l’enfreignait, c’était plus "si vous voulez devenir peinards, riches, libres et cossus, vous suivez la loi". Il suffisait juste d’y croire. Et en quinze jours, le théâtre était déjà bourré, on sortait la lance à incendie pour empêcher ceux de derrière d’écraser ceux de devant. Tout bêtement pour avoir fait le contraire de ce qui se pratiquait. 

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Quand on parle de poésie c’est juste qu’aujourd’hui, l’humour rime souvent avec la politique, où est la poésie entre Dieudonné et l’affaire Charlie Hebdo ? Beaucoup de spectacles sont matière à arguments et pas forcément à l’évasion ou au rire pur… Où se situe donc Romain là-dedans ? "Pour ma part, s’il y a bien quelque chose qui ne m’intéresse pas, c’est bien l’actualité. Je ne me peux pas m’intéresser à des trucs systématiquement répétitifs, ça ne bouge pas, ce sont les mêmes intérêts, les mêmes machins, les mêmes trucs, au moins depuis la révolutions des communistes. Et déjà à l’époque on en avait marre ! [rires] De cette polémique permanente et militante, au sens de militaire… Il n’y a pourtant qu’une loi, celle de la Nature, nul n’est au-dessus ! Pourtant on en invente d’autres, pour empêcher la création, par exemple d’un petit théâtre, où l’on choisira pour toi la couleur de la façade, on multipliera les tracas administratifs, tout est fait pour que tu ne puisses pas arriver à tes fins."

D’où le fonctionnement en autoproduction ? Voire la discrétion extrême puisqu’il est assez compliqué de trouver des infos sur BouteilleLe film L’Odeur de la mandarine, dans lequel Romain fait une apparition, devait sortir en 2015, mais visiblement on en saura plus…plus tard ! "Aucune idée, je n’ai pas encore vu le film, c’est un tout petit rôle, on s’est gelé le cul dans un cimetière mais aucune idée vraiment sur ce que ça va donner. Le cinéma en lui-même fait rêver mais être acteur dans le cinéma français pour un rôle de deux ou trois jours, c’est mortellement ennuyeux, sans intérêt. Jouvet disait, "le problème au cinéma, c’est se trouver une chaise". Moi j’aurais bien fait metteur en scène mais je n’aurais pas tenu longtemps, il faut penser à dix choses à la fois, Polanski en faisait de véritables crises de nerfs, il se tirait en ville dans un bistrot quand l’équipe n’avançait plus, pour Colline Serrault, c’est le dépassement de budget qui la rendait nerveuse…

On a retrouvé Romain dans un personnage rigolo inattendu : lui-même. C’est à la télé chez Taddéi que le bonhomme a livré parfois des tirades mémorables, on se demande parfois ce qu’il fout là, au milieu des théoriciens de salon…  "ça c’est de l’impro totale, tu arrives, on te reçoit, tu bois un coup et hop, c’est parti. C’est marrant parce qu’on rencontre des spécialistes de la politique mais systématiquement quand je dis quelque chose ils ne semblent pas comprendre, prennent peut-être ça pour une sorte de littérature et du coup ne répondent jamais, ça faire rire Taddéi alors il me réinvite". 

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Merci au Café de la Poste d’avoir facilité cet entretien, et à la Librairie de l’avoir accueilli, photo par Anaïs. On a aussi vu le spectacle, on en parle là : Romain Bouteille [Fra] à Narbonne, Café de la Poste le 15/04/15.

© GED Ω - 04/05 2015

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