Chroniques CD
21
Mai
2021

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Le nouveau PAUWELS démarre comme un rituel tribal convoquant un vrai pandémonium de sonorités diverses et variées,

comme un collage hypnotique à plusieurs strates basé sur l'improvisation préalable puis la reconstruction en studio. Le toli, miroir rituel chamanique originaire de Mongolie, est ici une fenêtre par laquelle on plonge, on imagine, on s'efforce de créer un univers que nous inspirerait un album iconoclaste débarrassé de toutes les contraintes de la musique classique, résolument libre, original et inspirant. La chose est de plus sortie en vinyle et doit avoir une sacrée gueule ! Chopez aussi Poena cullei tant qu'à y être ! 

[Des tambours de guerre résonnaient à travers toute l’immense forêt comme les battements du cœur de la haine elle-même, car la tribu était en marche pour écraser celle de ses voisins qui bien trop souvent avait provoqué les dieux par ses blasphèmes impardonnables mais aussi par leurs incursions provocatrices. Le cliquetis des armes et des bijoux rituels rythmait le pas des guerriers aux yeux pleins de détermination, ils n'avaient aucune raison d'attaquer par surprise, leur descente des versants de la montagne était résolue, inexorable, la victoire était certaine, le sorcier échevelé en tête de la troupe l'avait annoncé quand il avait fouillé les entrailles de l'offrande sanglante à la divinité de la guerre.

La tribu adverse s'était malheureusement bien préparée de son coté et elle avait mis la surprise en tête de sa stratégie : elle extermina sans pitié l'armée brillante qui se dirigeait vers le village en l'écrasant sous un déluge de pierres à l'occasion du passage dans un défilé étroit qui permettait l'opération. Pas un seul des dizaines d’ennemis n’en réchappa. La nuit serait longue, striée de rires conquérants et chargée de libations de toutes sortes, les champignons aux vertus magiques et des boissons fermentées faisaient déjà des ravages dans le cerveau des convives, les yeux commençaient à entrevoir une autre réalité. Et si l'on pouvait toucher ses rêves pour une fois, tout de suite ?!

Le chef L’a regardée danser, lascive, devant le feu. Ils étaient des dizaines à faire de même mais il ne voyait qu’Elle. Et Elle faisait tout pour qu'il ne voit qu’Elle. Ses yeux étaient fixés sur lui sans qu’Elle le regarde. Il faisait en tant que chef partie des premiers qui étaient partis les armes à la main défendre le village, il avait même poussé la première pierre du terrible piège qui s’était refermé sur les vaincus. Il avait pourtant oublié jusqu'à son nom en suivant des yeux ce corps soyeux qui reflétaient les flammes, ces grands yeux qui faisaient de même. Il se voyait La posséder. Elle le voyait s'y voir et serait ravie de se refuser à lui. Elle était libre et il le savait. Elle était libre et Elle le resterait.

La vie reprend son cours mais il y a quelque chose dans l'air, quelque chose qui traîne, quelque chose d'un autre monde, quelque chose de l'Autre monde. Les esprits se déchaînent soudain autour des flammes, jetant la panique parmi les danseurs ! Les pierres écrasent les corps, mais sûrement pas l'âme des morts ! Mais s'ils effraient les vivants, ils n'en sont pas pour autant venus pour tuer, on dirait qu'ils réclament pour leur peine un sacrifice. C'est ce que la vieille femme entend, celle que l'on consulte et qui entre en transe régulièrement. Elle désigne quelqu'un du bout du doigt, parle une langue inconnue, mais son doigt ne trompe pas, c'est lui et pas un autre qui doit être offert aux défunts.

Le temps n'a pas d'emprise sur la tribu, elle ne le mesure pas, personne n'a donc d'âge. Tout ce qu'il se rappelle, c'est que ses parents avaient disparu quand il était nourrisson et qu'il s'était élevé seul au sein du village par son respect des traditions et ses efforts incessants pour triompher des diverses épreuves que les lois et le destin lui imposaient en tant qu'homme. Il en avait surpris plus d'un quand il avait défié un jour l'ancien chef et l'avait mis à terre, provoquant immédiatement son exil. Le nouveau chef perdait aujourd'hui sa place, les esprits l'avaient décidé : la tribu avait remporté la bataille, elle devait offrir en échange son meilleur guerrier à Celui-qui-se-nourrit-de-toute-vie.

Comme la tradition ancestrale l’imposait, il devait se rendre le plus rapidement possible dans une grotte éloignée du village et que chacun au fond de son cœur redoutait ne serait-ce que de devoir regarder. Personne n’avait l’idée de s’en approcher, même de loin, car elle semblait constamment exhaler les remugles les plus infâmes de l'Après-vie, des festins innommables des divinités souterraines, du pourrissement auquel personne ne peut échapper quand il entre en terre. Ici très bas n'habitaient que des créatures cavernicoles monstrueuses et aveugles qui touchaient frénétiquement du bout de leurs pattes ignobles et gluantes l'homme de haute taille qui se rendait seul face à son sort.

Il n'avait même pas cillé quand il avait compris la fin soudaine de son histoire, il fit le chemin avec courage et dignité, il descendit dans les profondeurs de la terre sans jamais se retourner ni se préoccuper de la vie qu'il venait de passer sur terre, il avait même refusé du magicien du village la décoction d’une plante qui fait fuir la Peur elle-même : il voulait être conscient pour la dernière rencontre de toute son existence. Bientôt une phosphorescence jaunâtre était apparue sur les parois du souterrain, il approchait de son but et au détour d’un dernier virage boueux, il entra dans une vaste salle et le vit, tressaillit et comprit. L’Œil le possédait désormais pour l’éternité.]

https://pauwels.bandcamp.com/album/toli

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