Chroniques DVD
04
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

matheson sf épidémie horreur vincent price

Genre : pré-post-apocalyptique

Scénar : « La Fin est arrivée » : pour une fois l’Église n s’est pas gourée, tout ce qu’il reste, c’est un monde entièrement vidé de ses habitants, de multiples corps en jonchent les trottoirs et les places, tous ces endroits où les hommes aimaient à se masser, se presser, sont devenus des cimetières à ciel ouvert. En réalité, en dehors de créatures apathiques errant la nuit dans les rues à la recherche de victimes, il reste bien quelqu’un, Robert Morgan, ancien chercheur qui a un temps travaillé sur une mystérieuse épidémie qui finit par avoir la peau de l’humanité. Lui-même n’y croyait pas forcément au départ, ne voyait rien de surnaturel là-dedans, mais quand sa femme qu’il avait enterrée est une nuit revenue toquer à la porte, il s’est rendu à l’évidence : les morts ne mouraient plus et, pire, ils décimaient les rares survivants ! Jusqu’à ce que lui et lui seul semble encore habiter la planète avec, après chaque sonnerie du réveil, « une journée de plus à endurer ». Alors que les êtres nocturnes commencent carrément à se bouffer entre eux devant la pénurie sanguine, Morgan sillonne la ville avec sa voiture, « nettoie » comme il peut les quartiers de ses assassins, enterre les dépouilles et cherche d’éventuels survivants qu’il tente aussi de contacter par radio. Y a quelqu'un ?!

 

Richard Matheson en avait fait un roman, il en fait un scénario et cette première adaptation marque l’esprit par des images effrayantes pour l’époque (on ne voit que Les Cinq survivants et Le Carnaval des âmes, également réédités par Artus, pour bousculer à ce point l’imaginaire collectif sans paraître aussi stupide que les films d’extraterrestres), un monde à l'arrêt souligné par une musique mélancolique et spectrale (ces chœurs distordus sont géniaux !) et on imagine assez peu l'étrangeté d'un tournage où les acteurs en majorité jonchent le sol en jouant les cadavres. Il paraît impossible qu’une Nuit des morts-vivants, qui sortira quatre ans plus tard, ne se soit pas inspirée de ce film pour construire l’atmosphère désolée de son récit, lui aussi post-apocalyptique et macabre à souhait. On note au passage que Je suis une légende partage avec le premier chef-d’œuvre de George A. Romero la particularité d'avoir engendré une erreur de copyright et d'être tombé bien plus tôt que prévu dans le domaine public. Un mot sur les réalisateurs : l’américain Sidney Salkow aura une filmographie féconde en travaillant autant pour la télévision que pour le grand écran sans jamais vraiment marquer les esprits, l’italien Ubaldo Ragona s’est fait connaître par le biais de documentaires mais ce film est son seul mémorable, le dernier, sorte de thriller érotique, sortira deux ans après celui-ci.

LE morceau du film, c’est son acteur principal, l'immense Vincent Price qui n'a certes pas le physique du héros habituel musclé mais sait mener la danse malgré un rôle forcément silencieux au départ, dans la peau d’un type qui se déplace comme un spectre dans un superbe break à l’ancienne très utile à des fins de corbillard puisque Morgan s’attache à ramasser les morts et à les balancer tel un bousier / Sisyphe dans l’infâme fosse irrespirable qui tient lieu de cimetière global. S’il est devenu une légende tout d’abord, c’est surtout parce qu’il est semble-t-il le seul de son espèce sur une planète qui a connu l'Apocalypse, condamné à équiper d’ail (qu’il conserve habilement dans la chambre froide d’un supermarché) et de miroirs les portes de sa maison afin de faire fuir des créatures mi-zombies mi-vampires, parmi lesquels son meilleur ami, qui le hèle sans cesse par son nom, de quoi faire perdurer une douleur sans nom. Il tente toutefois de garder sa raison pendant qu'inlassablement il fouille et « nettoie » la ville quartier par quartier, car il doit tuer pour survivre puisque tous veulent sa mort, du moins se nourrir de sa vie. Belle performance d’un acteur que l’on aura vu tout jouer sans vraiment faillir.

Infos / commande : https://www.artusfilms.com/classiques-americains/je-suis-une-legende-395

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