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Chroniques romans
04
Juil
2018

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

[Publié à l’origine dans C Le Mag N°170 - director's cut]

Personnage à l’identité transparente quand on veut bien puiser dans ses souvenirs d'anglais, Guillaume Portail-pour-faire-court est tout simplement le type le plus riche du monde. Au contact de sa fille, du genre activiste écologiste, et d'un théoricien du même bord prônant la « détumescence », le magnat décide soudain de virer de bord et de consacrer le maximum de son pèze au mieux-être (à défaut de bien). L'Américain choisit comme champ d'action la France où sa famille a ses racines. Son président fraîchement élu Désiré Macrot sera lui-même dépassé par cette attaque de la « puissance de l'argent contre le capitalisme » dans cette fable moderne pleine de sous-entendus (et de calembours…) qui ravira les amateurs du genre mais aussi ceux qui pensent que, pas plus une science qui maîtrise son objet qu’une parapsychologie souvent plus critiquée qu’à son tour, la toute-puissante économie gouverne le monde avec tous les défauts dévastateurs que l’on connaît et le mènera à sa perte si l’auto-limitation prônée en filigrane n’est pas mise en marche au plus tôt.

Ce roman a des passages réellement éclairants sur la situation du monde et les différentes approches qui permettraient de voir l’avenir autrement, il trouvera rapidement son utilité chez ceux qui aiment la lecture UTILE car Méheust, quand il ne tire pas à boulets rouges sur le retour socialiste de 2012, appelle à plus de courage politique global quand les solutions sont là, visibles, et qu'on pourrait les appliquer sans les multiples renâclements de gouvernants toujours plus coupables d’inaction. On jubile aussi et partage sa remarque au sujet de la politique de l'oxymore : « Tourisme éthique », « Agriculture raisonnée », autant d’expressions ubuesques qui passent tous les jours comme des lettres à la Poste (euh, enfin, le message est là) dans un monde où la confusion est entretenue comme une nouvelle laisse.

Extrait : « Dans le meilleur des cas, les effets bénéfiques d'une techno-croissance toujours plus propre seront donc en partie annulés par son extension planétaire. C’est le paradoxe de la consommation électrique : plus on augmente l'efficacité énergétique et plus la consommation augmente, puisque ces progrès ne cessent d'encourager de nouveaux usages. Or, nous savons que la pression actuelle sur la nature est déjà intenable et qu'elle ne peut se poursuivre, même à moyen terme, même atténuée, sans aboutir à l'effondrement de la biosphère. Le projet technologique tel qu'on le connaît aujourd'hui est donc une fuite en avant et une course vers l’abîme. »

Alors, cap sur la « détumescence » ?!

346 pages, 19,50 €
ISBN : 9782372630481

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