Chroniques CD
04
Aoû
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

john zorn free jazz grindcore experimental

John Zorn est la figure de proue d'un jazz d'avant-garde aux protubérances extrêmes non négligeables.

L’homme s'est depuis la fin des années 1970 frotté à absolument tous les styles musicaux terrestres - et même extraterrestres - mais avec Naked City, on peut le considérer comme au sommet de sa carrière vu l'effet dévastateur de ce disque incroyable qui a secoué toute une génération et continue à le faire. On peut en effet le rapprocher de la frange extrême du metal le plus brutal, le plus bruitiste, la plus expérimentale également dans ses structures tarées (mettons une forme progressive du death / grind).

Zorn s'est fait connaître par une électrification en règle du répertoire d’Ennio Morricone (et celui-ci l’adoube avec les plus beaux compliments après écoute !), par des bandes originales de films underground et de multiples aventures musicales avec les uns et les autres, même parmi les plus grands, et voilà qu'en 1988 il donne naissance à cette formation avec pour optique le fonctionnement d'un vrai groupe dans le sens rock du terme, et deux ans plus tard accouche de ce séisme d'une cinquantaine de minutes où la ceinture de sécurité et l’airbag sont de rigueur : ici aucune limite n’est posée à quoi que ce soit : le tempo, la mélodie, la technique tout est concassé dans un mixeur pour bouleverser - sans se la jouer iconoclaste gratuit une seconde - révolutionner, dynamiter tous les codes de tous les genres tant qu'à y être : le rock des origines d’un Batman est transformé en garage punk cuivré et free qui évoque parfois un carambolage sur l'autoroute, cris et sirènes inclus, Le Clan des siciliens se tient bizarrement tranquille, lounge as fuck dans l’ascenseur, c'est pour mieux introduire You Will Be Shot qui mixe grindcore à gros riffs et éruptions free, la suite du programme peut tutoyer l’ambient, le lâchage du renard sous speed dans un poulailler, les sons provenant du dehors quand on est immergé, un sac de caillasses dans une machine à laver, une country dingoïde, un chant de baleine bercée par un piano, des cuivres schizophrènes, James Bond et les méfaits du mauvais crack, les cartes du pays Musique ne sont plus valables, le bonheur d’être perdu et surpris sans cesse même tant d’années plus tard…

La production est monstrueuse, la couverture qui rappelle celles du fabuleux groupe UNSANE et les illustrations de Maruo, autre furieux notoire, sont un must, surtout imprimées avec ces touches de doré, on atteint la perfection absolue, rien ne sera plus jamais comme avant après l’écoute à volume adéquat d’une rondelle prouvant enfin que Dieu existe. Mais putain, il est franchement givré.

P. S. : cliquez sur les références en rouge pour compléter l’excursion !

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