Une petite contribution ?

Chroniques DVD
09
Jan
2014

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : documentaire

Scénar : « on est une tribu ». « On », c’est la poignée de laissés-pour-compte de Montréal que l’on regarde vivoter un peu stone, un peu bourrés, un peu seuls aussi dans de beaux capharnaüms dans lesquels ils s’entraident ou s’insupportent suivant l’état. « Nous autres, on est des vieux fous mais on est les meilleurs au monde »… En tout cas, ces hommes cabossés vivent dans leur triste univers de souvenirs fanés et d'illusions perdues, survivent avec leur tout fait de petits riens, émanent d'un permanent nuage de drogue et d'alcool - on prend les pansements que l’on trouve - sans pour autant perdre leur statut d’homme.

Fucké est un docu-vérité brut qui a forcément été un passage spécial dans la vie de son réalisateur car ce n’a pas dû être tous les jours facile d’être en immersion totale chez ces bonshommes, le huis clos (ou presque) s’avère certes complexe dans des locaux dont le proprio s’avère « rapide pour disparaître » après avoir empoché le loyer, ne reste que la démerde dans ces cas-là, quitte à friser la porcherie ambiante. Mais, handicapé, comment faire autrement ? Sans le système D, adieu par exemple la chasse d'eau de Claude, dont les souffrances n’empêchent pourtant pas la lutte quotidienne contre quasiment tout et tous.

Sans voyeurisme aucun, Simon Gaudreau parvient à extirper de cette somme d'abandon et de fêlures de belles phrases et de beaux constats, ces hommes en miettes sortent enfin de leur silence forcé : « nous autres on est en train de crever mais tout le monde s'en fout », s’exclame l’un tandis que l’autre se rappelle autrefois juge et maintenant jugé ; tous ont un langage surréaliste et des phrases parfois dures à suivre mais, malgré les galères, ils inspirent de temps en temps le sourire (et pas seulement à cause du ravissant accent québécois), c’est dire !

Ici, on en a plein le cul des films dans lesquels des riches jouent à être pauvres pour engranger plus de caillasse, faire pleurer dans les chaumières et intéresser les neuneus dix minutes à un navrant sujet de société. Ces réelles tranches de vie au fond dur (la scène explicite de fix et de son effet est déconseillée aux âmes sensibles) devraient faire réfléchir bien mieux, mais est-ce possible de changer un monde dont les décideurs vivent la tête au-dessus des nuages ? En tout cas, voici de quoi prendre une leçon de courage doublée d'une gifle dans la gueule signifiant en gros « avant de te plaindre rappelle toi qu'il y a toujours quelque part bien pire qu’autour de ton putain de nombril ».

De quoi comprendre aussi la réponse à la question :

« - comment ça va ?
- Pas trop pire… ».

 

 

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