Une petite contribution ?

Chroniques DVD
03
Mai
2021

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : Nouvelle Vague excitée à l’extrême

Scénar : « après tout je suis con » , « Maintenant, je fonce, Alphonse ! » Michel vient de chouraver une belle américaine à Marseille, il s'empresse de la faire foncer plein gaz sur la route de la capitale au son d'un monologue dingoïde dont il a apparemment le secret. Après tout, il tape son délire comme n'importe qui seul dans sa bagnole, parfois s'adresse même carrément à la caméra, tente de trouver la bonne radio (le truc impossible), ramasse aussi un pistolet dans la boîte à gants (qui sera l’enfant de la balle ?) et à force de faire l'andouille, finit par se faire poursuivre par les motards (liberté, mon cul !). Ce jeune imbécile finit par en tuer un avant d'atterrir à Paris où il joue d’abord au gigolo, essaye de soutirer du pognon, finit par le voler avant de retrouver Patricia, une magnifique jeune fille blonde aux cheveux très courts, tout va très vite, Michel veut absolument l'emmener à Rome où il pourra se mettre au vert, mais il veut surtout coucher avec elle encore une fois. Puisqu’elle le fait trépigner il cherche en attendant à récupérer de l’argent qu’un truand lui doit mais il est pisté par la police furax d'avoir perdu un homme. Les choses vont déjà à un rythme fou, elles vont encore s’accélérer quand Patricia prend le téléphone.

Avec un scénario inspiré d’une idée de Truffaut, la supervision de Chabrol, la photographie de Raoul Coutard, la production de Beauregard, ils sont tous là ou presque, les piliers de ce que l’on nomme la Nouvelle Vague, et puis les caméos ne sont pas tristes non plus (Godard lui-même, Melville, Rivette, Benazeraf, Hanin, etc.). Mais la star ultime malgré tout le tintouin autour de la technique, l’idéologie, tout ça quoi, c’est Jean-Paul Belmondo, aussi à l’aise au théâtre que dans une production grand public, ici même incroyable, non mais regardez cette tête qu’il fait, le grimaçant fumant sa clope, son chapeau enfoncé jusqu'aux yeux ! Irrésistible, tout comme sa principale compagne de jeu, Jean Seberg, indescriptible beauté venue d’ailleurs, si traumatisante qu'on en tomberait immédiatement amoureux, même seulement en image… Les acteurs jouent comme des enfants, le réalisateur explose, constelle son premier long-métrage de tout ce qu’il trouve : des coupures de presse, des affiches, adopte une image super naturaliste, y couple un jazz hyper expressif et tonique (partition de Martial Solal) : des décennies plus tard, ce premier Godard est toujours aussi frais, comme le courant d'air qu'inspire un rythme infernal !

Si on ne sait pas trop quand se situer dans ce film intemporel, pour ne pas dire Atemporel, quelques détails viennent rappeler l'époque du tournage, principalement les images de la venue de Eisenhower à Paris, ville mise à l'honneur comme si on avait droit à une visite guidée sans parole et dont les endroits mythiques défilent à l'écran de ce bolide furieux improvisé dans la plus grande partie de sa réalisation. De quoi en boucher un coin à tous ceux qui avaient besoin de studios perfectionnés et de centaines de figurants pour raconter une histoire d'une heure trente qui n'aurait peut-être même pas onze spectateurs. On peut penser ce que l'on veut de cette attitude rebelle, il y avait la place pour tout le monde, il est dommage que tout ensuite ne fut que polémiques et bagarres de poulailler, le spectateur de cinéma, au même titre que celui de musique, n'avait pas forcément besoin qu'on lui fasse montre de la facilité de la division, même au sein des fabricants de rêve. Même le « héros » rêve (à Humphrey Bogart, comme certains rêvaient à John « Hannibal » Smith en ce calant un bâton dans le bec pour singer le colonel)… Oh et puis merde, « Si vous n'aimez pas la mer, si vous n'aimez pas la montagne, si vous n'aimez pas la ville…allez vous faire foutre ! »

Bonus : écrit rachitique « À propos de À bout de souffle - Manifeste de la Nouvelle Vague », filmographie (sélective) de Godard, critiques du film (toutes élogieuses tant qu'à faire), bande-annonce rigolote et pleine de références, et ce fameux hommage au producteur Georges de Beauregard incrusté sur des tonnes de DVD affiliés à la Nouvelle Vague

Les mots-clés :

Quelques chroniques en vrac