Chroniques DVD
14
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : Éros disséqué

Scénar : une rupture peut prendre du temps… Beaucoup de temps… À force de se le dire, ils vont bien finir par le faire… En tout cas, Catherine, vingt-cinq ans, est décidée à le faire et le fait. C’est fini. Au bout de six ans, elle quitte Jean, quarante ans, un caméraman flemmard et gueulard au caractère plus que sanguin et même violent qui resquille du pognon chez son père alcoolique, vit toujours avec son ex-femme mais voit tous les jours la jeune fille qu’il ne peut s’empêcher de maltraiter, régulièrement, cruellement et psychologiquement surtout. Malgré toutes les horreurs qu'il est capable de lui balancer, les deux se retrouvent toujours, elle l’aime et lui…pas encore. Mais ce sera trop tard.

Après avoir braqué sa caméra sur les enfants 1, voilà que Maurice Pialat filme les parents, enfin, les ex-futurs parents. Adaptation du propre roman autobiographique de Pialat lui-même qui en dit très long sur le personnage qui dit pourtant avoir « édulcoré » le propos, le film se confond avec celui qu’est censé tourner Jean (Yanne). On aura le droit de trouver très impudique cette façon de mettre en scène sa propre vie par le biais du cinéma, Maurice Pialat livre pourtant un travail coup de poing qui met mal à l'aise, plonge le spectateur dans la vérité, cette fois encore nue, de l'amour quand il est sur le point de mourir, quand l'obsession s'efface, quand la liberté refait surface…

Sans véritable générique le dialogue s'instaure en direct, ils sont beaux tous les deux, surtout elle (Marlène Jobert est comme souvent absolument magnifique, et dire qu'on lui reproche ses taches de rousseur qui la rendent encore plus jolie !!) qui a bien du courage à supporter cet ours. On devrait s’amuser à compter combien de fois ils se séparent en moins de deux heures, c'est juste dingue surtout que les séquences s'enchaînent comme si rien ne s'était jamais passé. Mais si on a l'impression que l'improvisation a joué un grand rôle dans la construction du film eh bien pas du tout, d’après Marlène Jobert, tout était très sérieusement écrit et même si le tournage a été chaotique et tendu, le succès a été au rendez-vous.

On est presque heureux d’apprendre que Jean Yanne - qui obtiendra avec justice le prix d'interprétation masculine à Cannes en 1972 - était outré par le comportement de son goujat de personnage (donc du réalisateur avec qui la relation était par ailleurs du genre orageuse), faut voir ce que Jean, le personnage, peut être capable de balancer lors de certaines scènes (dont beaucoup se déroulent dans un splendide Renault 16 mais aussi sur un marché en pleine foule ou « chez lui » quand il demande à Catherine de ne pas se faire voir sur le balcon pour ne pas…ridiculiser sa femme !). Un vrai connard à qui on a envie de claquer le beignet à de nombreuses reprises, pervers narcissique, les mots sont lâchés !

Bonus : entretien avec Marlène Jobert (19’, 2003), La Camargue (court-métrage documentaire de Pialat de 1966 aux images superbes), extraits de Pour le cinéma et Vive le cinéma (5 et 8’, tous deux de 1972 et comprenant des scènes coupées), entretien avec François Truffaut qui encense le scénario qu’il vient de lire, conversation entre Lucien Bodard, André Labarthe, Marie Cardinal et Maurice Pialat, bande-annonce ainsi qu’un livret explicatif empli de photos et même d’une planche contact.

1 voir L’Enfance nue de Maurice Pialat (avec Michel Terrazon, Linda Gutenberg, Raoul Billerey…) 1968.

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