Chroniques DVD
08
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Après une quinzaine de courts-métrages documentaires ou de fiction entre 1951 et 1966, Maurice Pialat tourne son premier long métrage en 1967.

Mais, livré en bonus, il faut d’abord, pour respecter la chronologie, évoquer le court-métrage (19’) sorti en 1961 et qui a tout de même obtenu le prix Lumière et le Lion de Saint-Marc à Venise la même année :

L’Amour existe

Argh, véritable horreur pour tout adorateur de la Nature et de la campagne mais dans un magnifique noir et blanc, les foules se pressent dans un monde où règnent en maîtres métro, embouteillages, sifflets, klaxons, vitesse, bruit, stress, ah et puis tiens, manquait plus que la pluie pour marteler les immeubles… Cette pluie, on ne l’entend pas dans ce petit appartement de banlieue, à Courbevoie, où une voix off monotone narre sa nostalgie du temps passé que les machines dévorent déjà pour construire encore et toujours plus, et détruire, forcément, par la même occasion.

Le discours n’en est que plus acerbe, lucide et avant-gardiste, parfois bien plus radical que la molle logorrhée des écologistes du dimanche que l'on voit défiler sur les plateaux à une époque, maintenant, où les effets ultra-violents de l’instauration d’un tel système sont quotidiens. Il sonne clairement comme un réquisitoire : « voici venu le temps des casernes civiles, univers concentrationnaire payable à tempérament, urbanisme pensé en terme de voirie, matériau pauvre dégradé avant la fin des travaux », c’est aussi le début officiel et sans complexe de la ségrégation des classes, où sont passés les guinguettes d'antan sur la Marne, l’ambiance festive et solidaire ? La banlieue s'endort, devient déjà dortoir, ennui, pauvreté et grisaille règnent désormais sur une carte qui a changé au détriment de la Nature impitoyablement massacrée pour l'illusion du faux luxe.

Le pavillon, nouveau champignon commun, pousse en effet ici et là au milieu des paysages atypiques de l'après-guerre alors que dans le même temps la publicité prend le pas sur la réalité sordide : à trois kilomètres des Champs-Élysées, les bidonvilles surtout peuplés de nord-africains ne sont pas encore transformés en cages à lapins géantes, mais la banlieue est d’ores et déjà abandonnée, la culture, le sport, tout est vu à la baisse par rapport à la ville, à Paris, où de toute façon très peu de fils d'ouvriers accèdent à l'éducation supérieure, de quoi exciter les accès de violence et la consommation de psychotropes chez les éternels laissés-pour-compte dont les enfants sont déjà vieux sans que rien n’ait jamais changé depuis, malgré les slogans des différents glandus sur le trône de France.

Comme quoi on peut faire quelque chose de magnifique avec un état des lieux tragique tourné comme un documentaire et dont on doit la musique à Georges Delerue, un autre natif du Nord de la France, rapport à la suite de l'article. Un film que l’on devrait montrer dans toutes les écoles pour illustrer la stagnation absolue du progrès social pour une partie de la population systématiquement montrée du doigt malgré des conditions de vie dont personne ne voudrait.

L’Enfance nue


Genre : fiction documentaire

Scénar : l’enfance n’est pas une partie de plaisir pour tous… Dans les rues du Nord de la France on défile pour une vie décente et le plein emploi, les drapeaux rouges sont de sortie. Pendant ce temps, Maman choisit pour son fils de nouveaux habits, sa sœur peut même se permettre un 45-tours, la famille voyage en voiture, est bien vêtue, va au café, fait tourner le juke-box, fume la Gauloise… Mais il y a une ombre au tableau, le fils n’est pas le fils, le garçon vient de l’assistance et la famille nourricière n’en peut plus : livré à lui-même dans sa tête comme dans la vie sans vraiment savoir pourquoi ni comment, le petit casse sa montre, la jette dans les toilettes, il balance le chat du haut de l'escalier d’un immeuble, il vole toutes sortes de choses, a des accès de violence que le prototype des parents lâches et incapables qui l’ont « accueilli » ne peut décemment comprendre. François, dix ans, a une tête de dur, il n'a pas été choyé par l'existence à l’instar de tous ses camarades en demande de placement, brinquebalés dans le grand break de l'institution… Dans une nouvelle famille de gens simples, bons et aimants, mais aussi beaucoup plus âgés, rien ne l'empêche de faire les quatre-cents coups mais cette fois-ci sans pour autant chercher à tout détruire comment auparavant…

Produit entre autres par François Truffaut et Claude Berri, ce film très réussi est sorti en 1968 et prolonge un peu le discours du court décrit plus haut avec une façon de filmer très naturaliste. Il faut dire que la majorité des acteurs ne sont pas professionnels, que le scénario était construit sans dialogue ou presque pour contraindre les « personnages » à imprimer leur marque sur le langage, la gestuelle, le climat de ce film un peu autobiographique, le réalisateur s’étant parfois senti abandonné par ses parents, s’est toujours senti proche des enfants de l'Assistance. Pialat montre aussi le travail des personnes qui s'occupent des enfants (et certains ont du bol, quand on voit que François montre de l’amour à sa première « mère » en lui faisant un cadeau alors qu'elle le fout dehors). De par son sujet, L’Enfance nue n’est pas une victoire sur le plan commercial, il est pourtant bien distribué mais vu par peu de gens malgré de bonnes critiques. Pialat, très sévère avec son cinéma (tout comme avec celui des autres…) déclare d’ailleurs que lui-même ne serait pas allé le voir, il l’aurait plus envisagé en coproduction avec la télévision. Mais le bonhomme, très tourmenté, se contredit souvent. Toujours est-il que le cursus un peu confidentiel de son œuvre le pousse vers la télé pour laquelle il tourne une mini-série, La Maison des bois, qui sera diffusée à la rentrée 1971.

Bonus : entretien avec la scénariste Arlette Langmann (6’), extrait d’une émission de l’ORTF Champ contre champ de 1973 (32’, passée après la première diffusion télévisée de L’Enfance nue et où l’on a souvent beaucoup de mal à suivre le discours amer et parfois brutal du réalisateur mais il faut avouer que les questions ne sont pas toujours formidables non plus, se contentant de relancer le bonhomme dans sa tirade), Choses vues autour de l'Enfance nue (archives INA de 1969, 50' contenant un débat très intéressant, parfois même touchant, d'anciens pupilles de la Nation réunis en association dans le Nord de la France et devenus des gens au cadre de vie normal, voir même supérieur), Sur les traces de Michel Tarrazon (10’, au sujet de l'acteur de l'enfant qui a changé de vie mais a conservé ce regard pétillant et cet air vrai), bandes-annonces de tous les films de Maurice Pialat.

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