Chroniques DVD
01
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : « Qu'est-ce que c'est ? Une tragédie ou une comédie ? » : un Godard est un Godard !

Scénar : on devrait comprendre ce qui se passe dans la tête d'une femme quand elle commence à s'emparer d’un livre sur la grossesse mais ce crétin d’Emile ne capte rien, lui qui semble plus occupé à conseiller des contes à des enfants par trop précoces. Elle le laisse à son kiosque et continue sa balade pendant laquelle elle rencontre Alfred qui tient absolument à lui parler mais elle n'a ni le temps ni l'envie puisqu'elle doit rejoindre la petite boîte où elle est danseuse effeuilleuse. « Vous ne trouvez pas important que je vous fasse la cour ? » lui disait Alfred ; visiblement non, Angela ne trouve pas ça important, pas autant en tout cas que de gagner sa croûte et fonder une famille, ce qui devient même une obsession. Rien n’est plus important pour elle que de savoir si elle est, si un jour elle sera enceinte mais son compagnon n'a pas l'air de s'intéresser à grand-chose mis à part le foot. Le goujat va même jusqu'à faire venir Alfred pour lui demander s'il ne veut pas faire l'enfant à sa fiancée ! Et il va sans dire qu’Alfred ne serait pas contre, et la conversation d’Angela avec Emile lui a suffi : il accepte, sûrement à contrecœur, d’avoir un enfant mais seulement quand ils seront mariés. Pourquoi ne pas se marier lui rétorque-t-elle ? Parce qu'on a le temps lui répond-il : un classique ! Méfiance, elle pourrait bien se faire la malle ! Et elle aurait bien raison !

Va savoir pourquoi, si c'est le personnage en lui-même, un rien particulier pour être diplomate, ou sa manière unique de faire des films, mais on n'a jamais pu piffer le cinéma partout révéré de Jean-Luc Godard, « musical », « théâtral », « sentimental » ou pas, révolutionnaire toujours jusque dans ses génériques : à lui seul, celui d’Une femme est une femme est un modèle du genre Godard. Un joyeux bordel organisé qui se prolonge bien sûr pendant tout le film dont les jeux d'enfants et les trips ludiques ne sont pas exclus : parler en se brossant les dents c’est trop rigolo, comme faire le perroquet à coups de répétition de mots pour énerver l’autre, des messages informatifs s'affichent même parfois sur l'écran pour expliquer ce qui va arriver si tu n’as pas tout saisi. Alors c’est vrai que le suisse filme la vie comme elle se déroule vraiment, avec le p'tit boxon qu'on entretient dans sa maison, les petits bricolages foutraques du quotidien, les petites habitudes un peu foldingues (comme faire du vélo dans l'appartement par exemple ?!), on doit bien le reconnaître. D’ailleurs, on n’est parfois pas loin soi-même de ces personnages un peu givrés et cyclothymiques, affairés et bordéliques, tout simplement humains en regard de la rigueur qu’exigerait une Nature qui ne fait jamais de folie sans raison profonde. Errare humanum est, mais qu’il est bon d’être fou !

Entouré comme souvent par les producteurs Georges de Beauregard et Carlo Ponti, le photographe Raoul Coutard, l’ici omniprésent compositeur Michel Legrand (c’est bien simple, la musique / bande son fait un petit peu ce qu'elle veut au gré des déplacement de la très jolie Anna Karina, ne s'arrête que pour laisser parler les personnages, et encore !) auxquels on peut ajouter Charles Aznavour dont on entend régulièrement la voix (et même le nom), Jean-Luc Godard livre une œuvre joyeusement déjantée où les personnages (Brialy et Belmondo sont fidèles à eux-mêmes bien que le dernier serait peut-être plus émouvant qu’à accoutumée) s’adressent au spectateur et à la caméra, où les clins d’œil pullulent (en vrac Récamier, Lubitsch, Truffaut, et tant qu’à y être, l’excellent À bout de souffle, l’auto-promo, c’est la vie !), une vraie comédie à la fois burlesque et sentimentale mais tout ça avec une mise en scène tout à fait déconcertante et un montage foufou comme on s'y attendait. Ou pas. Malgré certaines scènes quelquefois très drôles comme quand le couple, lampe de chevet en main, s'insulte à coups de titres de livres, encore un jeu enfantin craquant, c’est sûrement parce qu'on n’y comprend techniquement pas loin de rien qu'on s'ennuie toujours un peu sur la longueur mais avec celui-ci un peu moins que d'habitude. Et c'est déjà pas mal.

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