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Chroniques DVD
01
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : drame sociologique

Scénar : Florence, en 1885. Sur son lit de mort autour duquel il refuse la présence d'un prêtre, le patriarche Casamonti fait dire ses volontés concernant les terres puisque tout le monde pense déjà au partage. Ils seront tous fort déçus car son fils Stefano est seul successeur, le père refusant que le domaine soit divisé. Il envoie chercher le fils de l'héritier, Amerigo, qui semble ne pas être du même monde que tous ces paysans durs comme la pierre, et lui livre ses dernières paroles à cause d’une certaine affection et la certitude que c’est lui qui prendra les rênes. Tout bascule quand le vieux meurt : l’autre frère que l’on croyait lésé a les moyens de racheter le domaine, il met tout le monde d’accord en parlant argent, et fait flancher Stefano qui le sait malade. Il demande qu’Amerigo soit à ses côtés en ville même si comme d'habitude celui-ci ne semble pas vouloir être d'un côté. « Ghigo », comme sa famille l'appelle, va s'installer chez son oncle et Beppa la maîtresse du frère qui guigne aussi sa part du gâteau qu’il ne semble pas décidé à donner avant sa mort. Dans ce contexte, autant aller traîner, Amerigo rencontre une femme magnifique, Bianca, une prostituée pour qui il pique dans la caisse. Son oncle constate le vol d'argent, son père du coup le rosse car il pense que ses manigances ne pourront plus fonctionner avec son frère. Et celui-ci est déterminé à se faire rembourser ; quitte à exagérer la somme. Amerigo, lui, part, passe sa vie où il peut avant de devenir le videur du bordel où exerce Bianca.

Jean-Paul Belmondo, on l’a vu 1, aura enchaîné un nombre de très bons film assez impressionnant en Italie en une très courte période. Juste après Sophia Loren, il trouve un rôle aux côtés de la magnifique Claudia Cardinale, encore une déesse du cinéma transalpin au jeu charismatique et expressif, et personnifier une prostituée qui veut pouvoir rester « libre » tout en étant paradoxalement enfermée n’était pas gagné d’avance : « Nous sommes des bêtes, pas des êtres humains. Nous sommes des bêtes ! Voilà pourquoi on a un prix. On est hors du monde. » Et si, la chose faite, Bianca ne semble pas prendre Amerigo pour une simple passe (elle lui demande même de revenir, elle a aimé passer du temps, juste du temps, avec lui), elle refuse d’être aimée (« avec Bianca on ne construit rien »), elle déteste même la simple idée qu'il tombe amoureux d'elle, c’est pourtant beau l’amour, particulièrement lancé d’un cœur sincère comme celui du personnage, quand on est entouré de familles de vils roublards qui complotent dans l’ombre pour toujours plus d’argent, de terre ou de pouvoir : le frère pauvre, pathétique, vendrait sa famille, sa propre fille; pour faire plaisir au frère riche inflexible et jubilant de son pouvoir, le frère riche ferait n'importe quoi pour être encore plus riche, et n’en rien laisser à personne, pourquoi ne pas de se faire enfouir avec le magot tiens ? Amerigo lui voudrait juste vivre. Pas trop loin de Bianca si possible. Encore faudrait-il qu’elle ait le temps de se faire à cette idée aliénante.

Les accros au cinéma populaire italien repèreront dans cette énième coproduction italo-française des noms de futurs réalisateurs comme par exemples Flavio Mogherini, Luigi Bazzoni ou Pasquale Festa Campanile, ce dernier n’est d’ailleurs pas vraiment resté du côté dramatique des choses dans la suite de sa carrière mais il n’en est pas moins l’un des auteurs qui ont adapté le livre du romancier réaliste Mario Pratesi, paru sous le titre L’Eredità en 1889, quelque chose que l’on situerait quelque part entre Jean de Florette et Maison close. La Viaccia (c’est au fait le nom du fameux domaine que tout le monde voudrait s’accaparer) est une jolie reconstitution en costumes de la fin du XIXème siècle italien où le fossé se creuse de plus en plus profondément entre la paysannerie sous le joug de grands propriétaires capitalistes qui se succèdent comme le faisaient les rois, via les dynasties, de quoi exciter des vocations politiques radicales, les anarchistes rôdent déjà et soufflent dans les oreilles avides des envies de liberté explosives, d’un monde soudain en ruines on pourrait peut-être reconstruire quelque chose de mieux, qui sait, mais avant, il faut bien embrigader, détruire, prendre par la force, tuer, voler, mais l’ordre établi semble encore très fort quand le peuple ne parvient pas à ouvrir les yeux. Mais même la puissance du besoin de liberté ne pèse pas lourd face à deux êtres qui malgré les coups de tabac s’attirent et se réconfortent, faisant chacune et chacun ce qu’ils peuvent pour approcher l’idéal.

Bonus : filmographies, diaporama, deux bandes-annonces de la collection

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