Chroniques BD
18
Oct
2013

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Daniel fait une fugue après une engueulade avec ses parents puisqu'il a raté le bac après avoir préféré dessiner et rêvé d’en faire son métier.

De Besançon, il part en stop jusqu’à Marseille où résident sa grand-mère et son grand-père. Celui-ci, qui exerce encore après la retraite dans la prothèse dentaire, lui raconte une histoire que celle de son petit-fils lui rappelle. À la fin des années 1920, lui aussi avait voulu « faire l'artiste » : il sortait des Beaux-Arts et avait rencontré un marchand de tableaux mais sa mère s’était opposé à l’opportunité qu’il se fasse connaître dans le milieu. Il avait alors choisi l'école dentaire par dépit, puis avait rencontré sa future femme et tous deux étaient allés s'installer en Algérie d'où elle était originaire. L’Algérie de la fracture définitive, l’Algérie d’où ils furent contraints de partir, La France où il furent mal accueillis (« Quand on est descendus du bateau… Les communistes de la CGT, ils nous ont accueillis avec des banderoles "les Pieds-Noirs à la mer" »), la France où ils cultivèrent une aigreur, des haines mais aussi des amitiés paradoxales…

N'y a-t-il pas de l'autobiographie dans cette histoire d'un jeune qui préfère dessiner et lire des BD plutôt que de bosser les maths de son examen ? En tout cas, ce chouette album rappelle qu’on ne part pas tous égaux dans la vie… Loin de prêcher le « Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes », avouons que Daniel est entourés de cas, façonnés par l’Histoires certes, mais carabinés : le grand-père raciste qui réussit à être antisémite en étant marié avec une juive (c’est aussi lui qui offre le Voyage au bout de la nuit à son petit-fils), un tonton ancien de l'OAS, une cousine qui échangerait des courriers avec Jean-Marie Le Pen (bon, on est à Marseille où TOUT peut arriver) et au milieu de tout ça un cousin hardos (fan de METALLICA et de SLAYER) qui s'est fiancé avec « une arabe » et que toute la famille rejette… Mais c'est pareil de l'autre côté, la fiancée, en fait kabyle, est régulièrement menacée d'être renvoyée « au pays »…

Comme quoi la connerie est partout, n'a pas de drapeau, les non-dits, les tiroirs à saloperies de tous les pays, de toutes les familles, n’arrangent rien et quand des gens voudraient recoller des morceaux cassés pour de bon, comme ce gamin avec des principes confronté au racisme ordinaire, à l’intolérance crétine et en même temps logique chez des gens qui l’entretiennent parfois sans le faire exprès (qui peut imaginer la violence de la douleur inextinguible des pieds-noirs laissés tomber par la France ?), le résultat n’est pas évident, arrive parfois trop tard. Seul le temps semble pouvoir faire quelque chose. Peut-être. En tout cas, en 1985 (année de l’assassinat d’Aziz Madak à Menton), il n’est pas encore fait mention d’une éventuelle paix entre les peuples, mais qui aujourd’hui peut dire que les choses ont, au fond, réellement évoluées ?

110 pages en couleurs, 13,50 €
ISBN : 9782501081016

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