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Chroniques cinema
25
Juil
2017

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

[Publié à l’origine dans La Pieuvre du Midi N°62 - writer’s cut]

Le vénérable W de Barbet Schroeder : islamophobe et jusqu'aubouddhiste, ainsi parlait Wirathu

Genre : documentaire choc

D’emblée le discours est clair, pour le moine birman Wirathu, les musulmans, pourtant hyper minoritaires, sont aussi nuisibles que les poissons-chats : agressifs, ils se reproduisent vite, détruisent leur environnement et se bouffent même entre eux. Charmant non ? On se demande s’il n’y pas là de quoi perdre quelques points de karma mais le bonhomme drapé d’orange n’en démord pas et véhicule comme un mantra une propagande aussi visuellement brutale que celle des adversaires. Et bourrant le crâne aussi fort, par exemple lors de sermons en pleine rue qu’il fait répéter ad nauseam à ses fidèles de 969 (son mouvement dissous puis aujourd’hui appelé Ma Ba Tha) : leurs race, nation et religion sont en danger, il faut boycotter tout commerce avec les musulmans (appelé avec haine « kalars »)…

Révéré comme un dieu, escorté par une petite milice motorisée et entouré de moines très au fait des nouvelles technologies, il récolte aussi des tonnes de fric qui lui permettent de diffuser à outrance des DVD de propagande gratuits et ses écrits au point que même les vieux maîtres ne s'opposent plus vraiment à ses prêches. De fait, W s’auto-proclame leader, organise la résistance nationaliste avec d'autres jeunes maîtres et fomente des troubles qui aboutiront à des émeutes sanglantes et à un nettoyage ethnique à peine dissimulé par une peur du terrorisme encore prétexte de violences incessantes comme à Kyauksee.

Barbet Schroeder livre avec ce film un portrait glaçant (et parfois très violent, gare aux sensibles) bourré d’images archives tournées au phone mais aussi tirées d'un vieux reportage de TF1. On note aussi l’utilisation ici et là du ralenti pour un étrange effet quasi-onirique assez troublant. Car malgré la rapidité actuelle de circulation de l’information, l’histoire de Wirathu est plutôt méconnue because on attend toujours le pire pour réagir (140000 personnes dans des camps de réfugiés, ça devrait pourtant suffire non ?!) mais le ping pong habituel des guerres de religion et un vrai retour vers l'obscurantisme ne semble pas émouvoir un monde centré sur l’économie de marché. Le fanatisme de ce bouddhiste conservateur et contestataire dans le même temps est effrayant, autant que le personnage au sourire énigmatique et malin qui peut d’un coup laisser découvrir une voix bien moins douce quand ses projets sont contrariés. Heureusement, tous les moines ne sont pas du côté de ceux qui soufflent sur les braises de la haine, ils se dressent même contre les pogroms et les nuits (et même les jours) de cristal qui se multiplient. Pour combien de temps encore ?

A voir et à…méditer.

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