Chroniques DVD
20
Jan
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : folklore animé

Scénar : « Le Carnaval », « Le Printemps », « L'Été », « L'Automne, la kermesse » et « L'Hiver » forment à peu de choses près l'entier calendrier coloré de l'année tchèque, on découvre par le biais de ces différentes saynètes les traditions et l'ambiance généralement hors du temps d'un pays aujourd'hui disparu avec les aléas de la géopolitique mais dont le folklore est encore très vivace, où il existe de forts liens avec le bestiaire des légendes, la Nature en général et l'art bon vivant de la célébration. En effet, il y a un petit rien de dionysiaque dans le rituel des bons repas et des grandes fêtes de village pleines de jolies musiques enchanteresses, de danses endiablées et de liesse. Le seul qui doit regretter ces sérieuses ripailles est toujours le même : dans le malheureux cochon, tout est malheureusement bon. Sauf pour lui. Gruik ?

Véritable petit trésor (très officiellement exhumé des archives nationales tchèques) car il est le premier des films d'animation de marionnettes en couleur à voir le jour en 1947, L'Année tchèque est le résultat du rassemblement en une seule œuvre et sous le même titre d'une série de courts-métrages à l'origine prévus pour sortir indépendamment les uns des autres. Il démontre déjà la maestria avec laquelle Jirí Trnka va s'imposer au pinacle du cinéma d'animation de marionnettes mondial : de petits personnages superbes animés avec fluidité, une insistance toute particulière sur les plus petits éléments, une animation vivant une idylle avec la bande originale, une caméra défilant avec habileté sur de petits décors recélant aussi de minuscules petits objets qui représentent à coup sûr d'innombrables heures de travail acharné et exemplaire !

D'ailleurs personne ne pourra nier l'influence de Trnka sur l'étranger, le Noël de Mr Jack en tête (entre autres à cause d'un personnage presque jumeau du héros des lointaines années 1990) mais un chien rappelle aussi notre Pollux national ! Quoi qu'il en soit, cette comédie musicale miniature au monde enchanté enchevêtré dans la tradition ne fait assurément pas son âge quand par exemple certains dessins animés de l'époque ont l'air si désuets aujourd'hui. Cette superbe édition est l'occasion de noter l'incroyable vitalité d'images réglées sur le papier à musique pour un effet plus marquant encore (les violons tziganes !) tandis que les traducteurs / adaptateurs ont pris la peine d'user dès que possible de rimes pour coller à la poésie d'origine. Sinon dites, des marionnettistes dans un film de marionnettes, c'est pas de la mise en abyme ça ?


Bonus : bande-annonce de la ressortie, diaporama, un excellent livret de 24 pages rédigé par Pascal Vimenet qui s'était déjà chargé du gros morceau, voir Les Vieilles légendes tchèques de Jirí Trnka - 1953, mais aussi le court métrage La Main, le dernier travail du réalisateur (1965) qui se déroule comme sur une scène de théâtre : le personnage dort et puis soudain c'est l'heure du réveil, notre arlequin se met au travail à la poterie. Que vient faire à sa fenêtre, à sa porte, cette main géante qui s'introduit chez lui en prétendant peut-être lui apprendre son métier ?! En tout cas elle lui fait comprendre qu'il gagnerait plus d'argent à sculpter des mains plutôt que de bricoler des pots. Elle menacerait presque, cette main. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que cette main n'est pas verte... Une main qui semble signifier la mort de l'Art quand il est de commande, quand il induit l'infâme culte de la personnalité, une spécialité liée au fascisme mais aussi au communisme qui ne vaut guère mieux quand il s'agit de liberté d'expression et d'épanouissement artistique...

Infos / commande : https://www.artusfilms.com/jiri-trnka/l-annee-tcheque-333

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