Chroniques Blu-Ray
20
Mai
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

bluray poliziesco polar tomas milian

Genre : poliziesco débraillé, volume 1/11

Scénar : à Rome, les délits sont innombrables : certains ne trouvent rien de mieux que de caguer sur les bords de route pour faire rigoler les touristes asiatiques jusqu’à ce que ceux-ci découvrent qu’en fait ce n'est simplement qu'un stratagème pour leur taxer leurs valises, d'autres attaquent les voitures de riches en leur cassant une vitre ou volent les sacs à l'arrachée, quand ils n'ont pas dressé leur chien à attraper les magots eux-mêmes ! Un flic a décidé de faire cesser cette interminable série en créant le Service Anti-Fauche et l’inspecteur Nico Giraldi, repêché dans la rue alors qu’enfant de prostituée surnommé « le pirate », il allait définitivement plonger dans la délinquance, est son meilleur élément, quitte à ce qu’il doive détruire un marché entier pour attraper un voleur ! De son passé tumultueux il a gardé des relations avec le milieu interlope et des certitudes : Giraldi sait qu'il faut faire tomber les recéleurs et que les petites mains ne parleront jamais. Sur la piste d’un certain « baronnet », Giraldi et son équipe arrivent de justesse quand une femme est agressée. Il reverra celle-ci dans un cadre plus intime tandis que dans l’ombre un certain Shelley tire un certain nombre de ficelles. Mais cet impitoyable gangster n’avait pas prévu qu’il se ferait agresser à son tour ! Il refuse d'aller voir la police quand on lui propose et ce n'est pas étonnant puisqu'il trimballait cinq millions de dollars ! Du coup il lâche ses hommes qui commencent à attraper des types soupçonnés d'avoir piqué la mallette de leur chef et leur font passer un sale quart d’heure. Voilà qui met Nico en fâcheuse posture, son flair le mettant assez rapidement sur la piste de vrais méchants parmi les bras cassés du vol à la tire…

Le réalisateur italien Bruno Corbucci, le frère cadet del grandissimo Sergio, a beaucoup travaillé avec des comiques dont Totò ou les ineffables trublions Franco Franchi et Ciccio Ingrassia. Et s’il est connu pour sa grande carrière en tant que scénariste (il se retrouve à la fin à la tête d'une œuvre imposante de plus de cent-cinquante interventions), il est aussi réalisateur et n'a pas forcément été reconnu à sa juste valeur, son frère l'ayant proprement éclipsé par entre autres ses chefs-d’œuvre du western spaghetti. C’est pourtant lui qui met en scène la première partie de la saga de Nico Giraldi, personnage créé par Tomás Milián lui-même (et inspiré par un de ses amis légèrement exubérant qui ira jusqu'à le doubler pour les cascades) mais qui ressemble aussi étrangement à Monezza, un autre alter ego du cubain pas piqué des hannetons. Au sujet de Giraldi, on peut dire de lui que c’est un flic qui a laissé tomber le costard et l’a troqué contre jeans et baskets (on comprend mieux son look quand on s'aperçoit de son obsession pour le film Serpico dont le héros use lui aussi de l'anticonformisme vestimentaire pour se faire une image marquante, Serpico est d'ailleurs aussi le nom de son petit rat blanc). Il représente une sorte de nouvelle génération de policiers juchés sur des motocross avec des looks tout à fait personnels (cheveux longs, barbe de neuf jours, propreté suspecte…) que les « simples » policiers en uniforme et les gens excédés par le laisser-aller général (les années de plomb sont encore passées par là !) ont du mal à discerner du reste croissant de la population ébouriffée. Ah si ces cons savaient ce qui allait leur tomber sur la figure avec les années, on en pleurerait tiens !

Le poliziesco classique, sombre, brutal et volontiers populiste, n’est pas vraiment au programme malgré un Jack Palance sadique à souhait (les punitions atroces comme le gazage des mécontents ne sont pas là pour faire planer le doute à son sujet), on y trouve déjà des personnages ajoutés pour l’effet allégeant d'une petite touche de comédie (comme le chauffeur bégayeur, la vieille prostituée « jeune » mariée) dans un très bon film mené bien évidemment par sa tête d'affiche qui éclipse même de très loin une star américaine, certes en pleine période de dents de scie. Pour faire bien, on n’oublie pas les ingrédients de base (ce policier expéditif comme pourrait l'être l'Inspecteur Harry mais qui avec son passé trouble montre une certaine tendresse pour un milieu qu'il n'a jamais vraiment quitté, il suffit de voir le goujat danser et maltraiter sa copine ou utiliser un langage fort fleuri pour s'en rendre vite compte, un peu de bagarre, des fusillades, des poursuites aux jolies petites cascades dont un expert grimpage d'escalier en moto) auxquels on ajoute des détails savoureux (des images des tribunes d’un match de foot blindé à craquer du Lazio de Rome, un sous-texte qui mentionne les soviétiques, une très chouette musique des frangins Guido et Maurizio De Angelis. Sympa ! Dites donc, cette collection de polars de chez Artus commence à avoir une jolie gueule avec un titre prestigieux comme celui-ci que l'on voulait impatiemment passé en qualité supérieure. Puisqu'on a toujours été grand fan de Tomás Milián et de Jack Palance, les voici bien placés dans un combo digipak BluRay + DVD avec un master 2K restauré. Les dix épisodes suivants y figureront-ils tous ? Mystère et bonnet de laine !

Bonus : « Une taille sur mesure » (présentation du film par Curd Ridel, 33’), diaporama d’affiches et de photos, bande-annonce originale (+ les autres de la collection)

Infos / commande : https://www.artusfilms.com/polar/flics-en-jeans-348

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