Une petite contribution ?

Chroniques DVD
14
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

rodéo western arizone peckinpah steve mcqueen

Genre : grandeur… et décadence…?

Scénar : indécrottable Junior Bonner ! « Peut-être que je ferais mieux de changer de boulot » se dit-il après un énième duel qui lui coûte un bon bandage. Mais tout le monde sait qu'il sera de la prochaine partie. Car Junior, loin de rouler sur l'or, balade à travers tout l’Arizona sa vieille bagnole dégueulasse (à laquelle est toujours accroché son cheval) pour cachetonner parmi les durs du rodéo et peut-être empocher une grosse somme. Qui ne vient jamais. En attendant, il roupille comme les cowboys, au bord de la rivière sur une couverture. Ils ne sont plus si nombreux à vivre ainsi à l'ancienne, l’heure est plutôt à un monde nouveau qui est en train d'apparaître, les constructions se multiplient et l’espace sauvage américain est grignoté, inexorablement, s’urbanise au grand dam des cowboys tels que Junior ou son père Ace qui a disparu de sa maison que des machines sont en train de démolir. Le vieux roublard est pourtant bien en vie, à l’hôpital où il drague sans vergogne sa pauvre infirmière qui décèle chez lui un bon fond. Le deuxième frère Bonner, Curly, est devenu pour sa part un requin de l'immobilier, n’a pas hésité à arnaquer son père, un truc que Junior n’est pas prêt à pardonner. Mais pour le moment, un seul sujet l’obsède : sa revanche face au taureau Sunshine, un monstre qui l’a mis au tapis. Le cowboy est têtu !

Sam Peckinpah n’a pas son pareil pour filmer le rêve et le déclin américains, un couple cinématographique qu’il a contribué à magnifier, la beauté dans l’amertume, le coucher de soleil qui permet à la nuit de recouvrir un monde parfois peu reluisant. Témoin celui de rodéo, sûrement un des « sports » les plus débiles au monde (si on peut même appeler ça un sport, mettons une épreuve de force). Véritable institution aux États-Unis, le rodéo consiste à chevaucher des taureaux souvent furax jusqu'à tomber en récoltant au passage un maximum de bleus jusqu'à ce qu'un clown ridicule (pléonasme) vienne distraire la bête et permettre au concurrent de fuir. Huit secondes, et c’est long sur une montagne de chair et de sang très énervée, et c’est dans la poche pour une éventuel prix. Des chevaux un poil sauvages et des vaches refusant la traite peuvent aussi concasser généreusement l’ossature de prétendants à d’autres « disciplines » du genre. C’est toute une industrie qui se met en route quand un rendez-vous est organisé, il faut nettoyer et entretenir les structures, un vrai cirque avec sa parade, ses chars et sa fanfare défilent dans les rues où tout le monde se connaît dans un circuit très particulier, et se retrouve bien sûr dans les bars ensuite pour arroser les festivités et la compétition toujours plus ou moins disputée par les mêmes hommes.

On ne peut qu'être touché par cette biographie d'un passionné (« Je dois suivre mon chemin ») que tout le monde voudrait faire changer, mais Junior est immuable malgré les années qui passent, et son père, évadé de l'hosto dès le tumulte approchant le quartier, l’est tout autant. Les deux Bonner ne pensent qu’à faire les andouilles d’un autre temps tout en courant après les rêves (Papa voudrait associer son fils à ses nouveaux projets tordus en Australie mais il n'a bien sûr pas un rond), ils repartent alors au rodéo mais les décennies de pratiques laissent des traces que la vieillesse approchant doucement n’atténue pas, la musique de Jerry Fielding et les chansons (country, heavy-demment !) soulignent assez bien les contrastes de cet univers entre espoirs, joies et déceptions, l’aspect très documentaire des images (en particulier la route, les éclairs au-dessus, mais aussi et surtout les animaux magnifiques, à qui on ne volera toutefois pas la place), le jeu très juste des acteurs font de ce film un très objet filmique où les bagarres peuvent être titanesques (seul jouer l'hymne amère-loque semble être la solution pour stopper le pugilat), les actrices d'une incroyable beauté naturelle (Barbara Leigh), bref on recommande ce film à la fois un peu à part de Peckinpah, mais en même temps fidèle au reste de sa filmographie brute et vraie, à l'image d'un Steve McQueen mortel.

Les mots-clés :

Quelques chroniques en vrac

heavy speed metal hard français