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Chroniques DVD
31
Aoû
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : conte de Noël qui vire au fouettard

Scénar : en cette journée jour du réveillon, Hank a l'air nanti de tout ce dont un homme simple peut souhaiter. Marié à une femme aimante et sur le point de lui donner un enfant, professionnellement satisfait, il a malheureusement aussi un frère très con, Jacob, le plus souvent accompagné d'un pote encore plus con, Lou. Les deux partent avec Hank sur la route enneigée mais soudain, pour éviter un renard (qui vient accessoirement de lui piquer une poule), il envoie le 4x4 de son frère dans un arbre. Le crétin furieux s’empresse d'attraper un fusil pour descendre le renard « coupable » mais dans la forêt pleine de corbeaux (et pas pour rien), les trois hommes découvrent un avion crashé que la neige a recouvert. Le pilote sert de repas aux corvidés (voilà, c’est pour ça) mais dans la machine volante gît aussi un sac bourré de grosses coupures - plus de quatre millions de dollars ! - que Hank propose évidemment d'amener à la police. Ce n'est pas l’avis de Lou qui peut se montrer menaçant mais aussi convaincant : « Pourquoi le rendre avant de savoir si quelqu'un le cherche ? » Hank propose de le garder jusqu'au printemps avant de décider mais aucun des trois ne se montre discret sur la découverte. Ce qui pouvait être au départ un plan simple se complique et l’histoire va prendre des contours inattendus quand chacun va dévoiler sa vraie nature, ce qu'il a sur le cœur et dans les tripes…

Le coup fumant des frangins Coen de faire dans la comédie qui vire à l'ultra sombre de l'esprit humain marche à tous les coups et se retrouve aussi chez ce film de Sam Raimi, presque documentaire dans sa conception, qu'ils auraient pu réaliser avec tous ces bras cassés vivant dans de magnifiques décors à la Fargo où s’ébattent les animaux de conte (le beau corbeau aperçu des les premières secondes sera-t-il de bonne ou mauvaise augure pour les héros ? On voit aussi un renard, des poules…), ces histoires que l’on sait tout à la fois nimbés de poésie (cette ode au noir et au blanc hivernal, sombre et stylisée) mais aussi de détails morbides (chouette image que cet œil cueilli par un des oiseaux à même son emplacement naturel). Très peu d'effets spéciaux dans la conception aide à l’impact d’une œuvre très photographique, où le visuel parle bien plus que les dialogues - pourtant très bien ficelés - , où la neige est bien pratique pour évoquer la dissimulation, celle des secrets de famille, des espoirs déçus, des blessures qui émaillent toute communauté humaine (argh !) mais qui fabriquent aussi les scénarios les plus crédibles et les plus efficaces. Et puis la cupidité, toujours la cupidité, cette plaie fera le reste pour propager ses métastases quand l’amour, l’honnêteté ou la franchise se révèlent de bien jolis accessoires sans finalement aucune valeur aux yeux d’animaux sauvages qui s’ignorent.

Ce film, adaptation assez naturaliste et épurée d’un roman de Scott B. Smith sorti en 1993, se devait de mettre en scène des gens à la fois authentiques et multi-facettes, vise donc ce casting en béton armé : Bridget Fonda, toujours aussi belle et hypnotique, opère de fameuses transformations que son état (dans le film) explique peut-être, Bill Paxton, un type incroyablement mésestimé (au vu de sa carrière de dingue d’une centaine de films dont de purs classiques de tous les genres jusqu’à sa mort soudaine en 2017 à soixante-et-un ans à peine), est une fois de plus formidable ici en benêt à géométrie variable, Billy Bob Thornton est lui impressionnant dans le rôle d’un crétin absolu et touchant en même temps, tout autant que son compère Brent Briscoe, interprétant un gros débile pouvant soudain se transformer en une sale bête violente et impitoyable, l’alcool aidant souvent les trois hommes à exacerber des côtés que l’hypocrisie sociale planque soigneusement malgré quelques indices flagrants de bizarrerie. Il résulte de l’émulation de ces artistes, auxquels on ajoute Danny Elfman pour la bande originale, un véritable thriller bourré d’un suspense relativement impressionnant et de personnages sans scrupules (Jim Thompson en est peut-être une influence, consciente ou pas, avec ce milieu rural proche de celui de l’hicksploitation presqu’horrifique)

Bonus : bandes-annonces française et américaine, cinq scènes de tournage, filmographies, interviews (Fonda, Raimi, Paxton, Thornton et le producteur James Jacks), notes de production

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