Chroniques BD
27
Mai
2019

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

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« Fais attention Jack, tu vas finir dans un ranch pour touristes ! »

Mais ça, Jack W. Burns s’en fout comme de l’an quarante. Car on l'a toujours dit ici et on l’a toujours pensé : PERSONNE ne change JAMAIS, et sûrement pas un cow-boy solitaire qui vit toujours à la sauvage seul avec son cheval, son chapeau, son fusil, sa guitare et sa blague à tabac. Ah oui, et sa tenaille qui lui permet de tailler à travers les clôtures qui ne le retiennent pas, après tout la Terre est à tout le monde, à lui comme aux autres, et le concept de propriété privée est totalement contraire aux lois de la Nature. Alors les chiens peuvent bien aboyer quand sa caravane passe, même si elle fait rigoler ceux qui se croient plus « modernes », Jack n’en a cure. Quoi de mieux en effet que de faire griller ses haricots et sa viande dans une poêle au feu de bois tranquille au milieu du désert ?! L’amitié est par contre une valeur qui lui parle plus ; aussi, quand à l'occasion d'une visite chez son amie Jerry, il apprend que son mari est en prison pour avoir tenté d’échapper à la conscription dont il s’est lui-même totalement foutu, il propose son aide. Après avoir glissé deux limes dans ses bottes, il s'arrange pour se faire arrêter afin de faire évader son pote de l'intérieur. Sauf que le détenu, objecteur de conscience, ne veut pas s'évader ! Jack repart alors tout seul, non sans déclencher une chasse à l’homme.

Après son adaptation au cinéma avec (excusez du peu !) Kirk Douglas dans le rôle principal et Dalton Trumbo au scénario 1, l’œuvre d'Edward Abbey (The Brave Cowboy, sorti en 1956) revient dans les bibliothèques sous la forme d'une bande dessinée aux couleurs superbes, vives comme le trait du dessinateur Piette et le scénario revigorant de de Radiguès, juste parfait pour cette œuvre crépusculaire à plus d’un titre : la fin du western, la fin du rêve américain, la fin d’une certaine forme de liberté où le temps n’avait que peu d’espace (« Je n'accorde pas ma vie à des chiffres sur un calendrier » nous dit Jack lui-même et, à le voir faire, on se croirait presque encore à la fin de ce XIXème siècle béni des cowboys dont seul un avion à réaction pouvait déchirer le ciel de son bruit assourdissant), où la masse encore presque épargnée par les idéologies polluantes n’était pas systématiquement prête à s'unir face à quelqu'un qui ne voulait pas vivre comme les autres, particulièrement un « anarchiste », ou, pire, un « rouge » comme ces crétins des années du maccarthysme pouvaient le claironner. Pensez donc, un type qui méprise l'école qu'il assimile à du bourrage de crâne, les banquiers qu’il considère comme des escrocs, un type qui caracole en-dehors des clous sociaux peut-il seulement survivre libre ?

176 pages en couleurs, 24 €

ISBN : 9782377311057

1 voir Seuls sont les indomptés de David Miller (avec Kirk Douglas, Gena Rowlands…) 1962

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