Chroniques romans
31
Déc
1998

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Après Tom Sawyer et Huckleberry Finn qui ne sont PAS, non, les seuls écrits du grand Mark Twain,

Tristram s’attaque cette fois au plus énigmatique de ses romans qui se déroule à une époque où « L’Église s’opposait à la baisse du prix des livres et à une dispersion inconsidérée du savoir ». Manque de bol, en cette fin du XVème siècle, l’imprimerie explose, entre autres en Autriche où s’est établi Maître Heinrich Stein.

Dernier roman de Twain qu’il n’a de cesse de réécrire pendant douze ans, il est ici enfin livré comme le souhaitait l’auteur (une édition précédente avait été méchamment saccagée). Récit à la première personne raconté par August Feldner, seize ans, apprenti de Stein, il narre l’histoire de l’arrivée au château d’un jeune homme qui prétend se nommer N°44, Nouvelle série 864962, de quoi intriguer quelque peu hein ? Et voilà que ce fameux 44 se trouve être en sus un garçon qui mendie…du travail ! Pris à l’essai, il devient rapidement la tête de turc des employés, excepté du narrateur qui décèle chez lui des pouvoirs étranges comme celui de lire dans les pensées. Ces pouvoirs - pour le moins lucifériens - vont se manifester de plus en plus souvent, d’abord parce que 44 effectue son travail sans n’avoir jamais étudié les rudiments complexes de l’imprimerie, il va même plus loin en remplaçant le personnel en grève, surtout à cause de sa bonté et de ses étranges facilités (diaboliques en époque de superstition et de bûchers expiatoires) par des « duplicatas » sortis de nulle part. Et ce n’est qu’un début !

Le mystère vire au total fantastique (une scène fait même sentir que l’équipe de Disney s’est forcément inspiré de ce livre pour une scène de Merlin non ?), et voilà que déboulent magie, jeux de doubles, esprits et rebondissements dans le temps, mais, malheureusement, en même temps que le récit avance, Twain se perd en longueurs, fait durer des circonvolutions sentimentales reloues avant une fin que l’on est pourtant - très - pressé d’atteindre. Et que vous ne découvrirez qu’en tournant les pages, non mais oh !

« Oh, cette vie humaine, cette vie terrestre, cette vie épuisante ! Elle est si servile, et si mesquine ; ses ambitions sont tellement dérisoires, ses fiertés si triviales, ses vanités si enfantines ; et toutes ces gloires qu’elle estime et qu’elle applaudit - Seigneur comme elles sont creuses ! »… Malgré un filigrane fondamentalement pessimiste, l’ironie païenne et l’humour sont omniprésents, et les « visions » - carrément psychédéliques comme la parade des squelettes - de Twain sont décrites avec une précision là encore…diabolique. Hors du temps et truffé de termes de l’imprimerie au sein de laquelle Twain a lui-même fait ses armes quand il était jeune, N°44 est un roman définitivement atypique, les amateurs de fantastique devraient oser une lecture, ne serait-ce que pour atteindre l’ultime vérité à propos de la vie.

280 pages, 20 €
ISBN : 9782907681896

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