Une petite contribution ?

Chroniques romans
15
Déc
2005

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

De 1938 à l’Épuration et le retour des prisonniers,

l'auteur nous fait vivre la vie d’un grand hôtel parisien à travers l'œil du détective de la maison, Kiefer, ancien inspecteur principal des Renseignements Généraux mais esprit libre et pétillant d’une grande intégrité. Un homme qui a connu son lot de malheurs et sent revenir la bête (« la guerre, ne me parlez pas de la guerre, je ne lui trouve aucune noblesse, ça n'est jamais propre ni honorable, la boucherie patriotique, sauf dans les bureaux et les rédactions, peut-être… Parti en soldat, j'en suis revenu troglodyte… La guerre a plombé nos vies à jamais »). On note d’ailleurs qu’Assouline a le chic de décrire en profondeur des personnages parfois fantasques, avec un vocabulaire et un regard aiguisé, comme celui de son personnage principal, en plus d’évoquer avec érudition un climat qui s'installe en Europe et qui divise de plus en plus violemment des citoyens du monde qui se toisent dans les salons feutrés de Lutétia.

« Oui, l’Hôtel est mon territoire », et quand la débâcle a soudain lieu, Kiefer est maintenu dans ses fonctions, « c'est dire la confiance que l'on vous témoigne » lui dit-on. Mais, alsacien forcément germanophone, il est surtout très pratique en tant qu’interprète. Et c'est une époque où il se fait difficile de ne pas glisser dans les compromissions avec l’occupant. Il reste courageusement lucide (« …le pays versa dans le registre de la bassesse. Cette hâte à débaptiser le boulevard Péreire dans le XVIIe arrondissement, pour le rebaptiser boulevard Drumont, le grand financier juif chassé par le populaire pamphlétaire de La France juive. Cette précipitation à rebaptiser « Maréchal Pétain » les rues et les avenues en lieu et place des grands hommes de la république laminée, et défunte ».)

Mais les beaux jours de la Collaboration ne durent pas et après que les Allemands ont décampé à leur tour, on vit en direct le retour des déportés dans un état indescriptible mais aussi l'incommensurable malheur de ceux qui les attendent, parfois en vain pendant des mois. On découvre la jalousie de certains quant à l'accueil qu'on leur réserve contrairement à ceux, squelettes vivants, installés à Lutétia mais après tout, « quant un Français se plaint c'est que la vie reprend ! ». Pas moyen pour un féru d'histoire de s'ennuyer trois pages dans ce pavé de plus de 400 même si on aurait plongé plus profondément encore dans la noirceur d'une époque qu'on n'expliquera / narrera jamais assez sous toutes ses coûtures.

Tiens, il y avait longtemps, c'est cadeau :

« Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n'ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n'ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n'ai rien dit je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n'ai rien dit je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait plus personne pour dire quoique ce soit ».

438 pages, 21 €
ISBN: 2070771466

Les mots-clés :

Quelques chroniques en vrac