Chroniques romans
04
Fév
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

auguste le breton autobiographie livre prison

Yves Tréguier, quatorze piges, est depuis six ans déjà l'« hôte » d'un orphelinat de guerre,

subit la bouffe infâme et les leçons iniques, l'ambiance de tribunal-prison, les brimades (pisser au lit coûte cher, l'impertinence encore bien plus) ... Pourtant, un jour il doit en partir, sans même savoir pour où... Un tuteur pas commode vient le chercher, annonce est faite que l'on va « dresser » ce garçon évadé plusieurs fois dans un endroit « plus dur ». Encore une grille de fer, de hauts murs, voici donc la « Maison d'éducation surveillée » dirigée par un certain Taréchian, surnommée « l'antichambre des maisons de correction ». On le prévient tout de suite : « C’est l'poing qui fait la loi ici... Rien d'autre. », il a pourtant la chance de rencontrer un des caïds du lieu qui le prend sous son aile sans rien lui demander en échange. Si le vide appelle le vide, la bonté fait-elle de même avec la bonté ? Toujours est-il que c'est toujours sympa d'avoir de quoi se défendre quand on est réduit en bête sauvage : il devra éviter les brutes, les prédateurs sexuels, filer droit... Jusqu'où ?

Mais, quand même, « au nom de quels principes sociaux l'État laisse-t-il brutaliser les gosses de ceux qu'il a envoyés se faire massacrer dans les guerres ? » La question restera posée - on se la pose même encore aujourd'hui - après la mort de celui qui la verbalise si bien dans un monde où l'on sait à peine parler, où l'on devrait seulement obéir sous réserve de prendre une raclée par un personnel carcéral jamais avare de sadisme, mais également par ses « petits chefs » qui en sous-main gardent sous leur domination les possibilités d'émancipation d'esprits bien pratiques quand ils sont fermement maintenus dans un état quasi-apathique.

Auguste Le Breton, n'est pas le véritable nom de l'auteur de ce livre et de dizaines d'autres, il se nomme en réalité Auguste Montfort mais pourrait tout aussi bien porter le nom du personnage principal inspiré de sa propre vie d’enfant des orphelinats qui ont poussé sur les ruines de la première guerre mondiale, d'enfant des centres d'éducation surveillée, il dédie d'ailleurs son livre à tous ceux qui sont passés par là, par cette assistance publique qui porte si mal son nom quand les coups pleuvent sur ses pensionnaires, de la même manière que dans les « colonies pénitentiaires de Belle-Isle, Mettray, Eysse ou Aniane ». Mais c’est aussi là que Le Breton fait la rencontre de sa vie avec l'argot, la langue qui lui permettra de composer quelques-uns des plus grands romans noirs des années 1950.

orpheCelui-ci, un des tout premiers, est tout simplement l'un des plus bouleversants de sa bibliographie pourtant féconde, un drame qui prend au tripes et qui méritait bien une adaptation cinématographique, il faudra attendre 2008 pour la voir naître, on en reparlera. La suite des turpitudes de l'auteur sera racontée dans un livre qui sortira l'année suivante, La Loi des rues. On cherche désespérément depuis des années la possibilité de pouvoir visionner l'adaptation qui a été tourné par Ralph Habib avec une kyrielle d'acteurs de premier ordre en 1956.

311 pages

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