Une petite contribution ?

Reportages divers
01
Mar
2013

Rencontre avec un auteur définitivement attachant, facile d'accès,

sans oublier Laurence Biberfeld, présente aussi pour ses dessins à l'encre dans le petit dernier Coco (on en reparle dans l'interview à paraître...) dans le cadre sympathique de la bibliothèque de Clermont-L'Hérault avec Gérald de Murcia en M. Loyal pour retracer le parcours de l'écrivain.  

La première rencontre entre Hafed et Gérald, et le début d'une complicité palpable depuis des années de correspondance, se déroule à Grignan, la ville de Madame de Sévigné, pour la sortie d'Eboueur sur échafaud. L'auteur au passé carcéral chargé insistera même pour être photographié dans un cachot qui ne lui portera pas bonheur comme on le verra plus tard. L'évocation de la boue de l'enfance qu'évoque Eboueur donne lieu à une phrase-clé : « pour un gramme d'or on remue des tonnes de boue ». Le discours est simple mais profond et efficace.

On en apprend un peu plus sur l'époque et le titre d'Eboueur : pour son père, l'échec social est plus grave que la guillotine même si AHB pourra tout aussi bien, à la rigueur, devenir éboueur. Pour la petite histoire, sur le chantier de la maison de son père en Algérie où celui-ci le laisse sans ses papiers d'identité, il commence à écrire sur des livres de comptable puis persiste dans les cales du bateau qui le ramène vers la France où, rappelons-le au passage, l'auteur est né !

Mais quid des Forcenés, le premier recueil publié : Virginie Lou inaugure à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis un atelier de littérature érotique (dans une prison d'hommes, il fallait oser) ! AHB s'inscrit mais est transféré à la prison de Val de Reuil d'où il s'évade quand Virginie le localise enfin. Après bien des péripéties, la nouvelle écrite par Benotman finit au sommaire d'une revue aux Editions ClôLes Forcenés sortira quand la première épouse de Hafed donne un certain nombre de ses textes, douze d'entre eux sont publiés dans le recueil. Repris, Hafed n'est pas au courant de cette publication et ne découvre Les Forcenés qu'en 1999 avec la deuxième édition du livre chez Rivages !

« Quand je pense aux écrivains qui prennent la peine d'envoyer de multiples manuscrits... Moi, je ne l'ai jamais fait. Euh, je peux dire un gros mot ? * C'est dégueulasse ».

Arrêté pour un « souci bancaire à Neuilly » en 2004, il loupe l'invitation de l'association Lectures Vagabondes à cause d'une « résidence littéraire plus importante » derrière les barreaux. Il devient également le seul prisonnier de France qui refuse de sortir de prison car il tient à distribuer en mains propres ses affaires à ses copains qui restent et « qui vous les gardent pour la prochaine fois ».

L'amitié avec le juge Halphen qu'AHB convie à un débat littéraire qui s'avère très courtois est un élément de plus pour illustrer un personnage death-y-dément atypique. Quelques phrases resteront d'ailleurs dans les caboches: « Les vieilles dames me font peur, elles s'accrochent à leur sac », le juge qui balance: « L'Etat ne va pas continuer à payer des ateliers d'écriture à Monsieur Benotman, foutez-moi ça dehors ! » Son explication sur son désaccord avec l'utilisation du terme de récidive puisque les problèmes subsistent après la prison est aussi marquante.

Quelques news en vrac:  

Marche de nuit sans lune sera bientôt adapté par Abdellatif Kechiche,

Les poteaux de torture : une nouvelle issue de ce recueil sera aussi bientôt adaptée avec au casting François Morel et Emilie Dequenne,

L'oeil à clé : édité par Domens, il rassemble des poèmes qu'AHB avait offerts à Gérald qui les propose à l'éditeur (le poème Archives, lu lors de la rencontre, est juste superbe).

Coco : voir l'interview dans le prochain C Le Mag puis ici un peu plus tard,

Sur la planche : co-scénarisé par AHB, il est sorti lors du printemps arabe, ce film a reçu alors un support politique inattendu vu qu'il a été réalisé deux ans avant ces évènements, il sort en DVD right now !

Voilà une rencontre qui méritait de se déplacer, merci à Aux Livres Citoyens, la bibliothèque de Clermont, la Librairie du Boulevard et, évidemment, les auteurs pour leur gentillesse.

 

* Spéciale Ged-y-casse à Boris qui se reconnaîtra peut-être ?

 

© GED Ω - 01/03 2013 

   

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