Une petite contribution ?

Expositions / Salons
01
Aoû
2015

Déjà au menu de l'exposition Adieu la Suisse au même endroit en 2013, Jakob Tuggener

offre encore, cette fois avec le projet Fabrik, une preuve du sublime du noir et blanc avec ce jeu de contraste homme suant / machine rutilante débuté dans l'entre-deux-guerres et conduit pendant dix ans. Les extraits du livre Fabrik sont complétés par des photographies issues de deux autres maquettes, non publiées : Schwarzes Eisen et Die Maschinenzeit.

Tuggener livre souvent une photographique plus sociologique que purement artistique, ou même commerciale comme c’est souvent le cas, foin de futile ou de préfabriqué là-dedans, les êtres sont vrais et au travail, et les machines, même magnifiques avec leurs formes géniales, inquiètent, voire menacent par l’inhumanité mécanique qui les régit, ainsi que par leur utilité à fabriquer des armes elles aussi sujets de certaines photos. Mais il y a aussi les paysages, la symétrie, le muscle et l’œil qui rivalisent dans l'effort et la pose…

Car malgré l'aliénation inexorable en usine, la petite beauté humaine, à l’ombre d’immenses machines, séduit par sa touchante irrégularité, laissant traîner ici et là ses paquets de clopes, ses graffitis mais aussi ses retards et son goût pour les bagues à tête de mort sur la pellicule. Le photographe suit d’ailleurs régulièrement des personnes (Berti !) et saisit des moments émouvants et tout simples, contemplez droit dans les yeux les vrais visages du travail, notez que même les eaux usées, la crasse et les âcres fumées sont admirables quand elles servent de décor aux petites histoires qui font la grande.

Dommage d'être pollué par deux abrutis qui gratifient en experts - dominicaux - chaque photo d'un « pas mal... » de maquignon, on préfère évidemment les « ça c'est beau ! » de cette jolie maman et ses enfants. D'ailleurs oui, c'est beau un engrenage, une enclume ou une ponceuse qui projette des étincelles, on ressent parfois, en cette époque aseptisée et digitale sans relief, une délicieuse impression de rétrofuturisme, on pense aussi en vrac à l’expressionnisme, à Leni Riefenstahl quand l'homme fort est là, à Metropolis, La Bête humaine et évidemment Les Temps modernes (surtout par le biais des films de Tuggener aussi visibles sur place) mais tout est systématiquement chamboulé par ces beaux visages de femmes brouillant les cartes de leur regard d'un autre monde.

Jusqu'au 18 octobre, gratos !

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