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Chroniques Blu-Ray
06
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

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Genre : tragédie à l'allemande

Scénar : la Burgondie, c'est bien beau mais dans son château, avec pour soutiens sa sœur Kriemhild, ses frères Gernot et Giselher mais aussi son redoutable oncle Hagen von Tronje, le roi Gunther règne seul sans compagne. Afin de sécuriser ses frontières devant l’avancée d’Attila, ce roi pragmatique sait que le Pape a une armée qui peut lui servir, c'est pourquoi il sert la religion chrétienne et refuse sa sœur au hun, il la donnera au chevalier légendaire Siegfried. Celui-ci est le roi des terres du Nord et à la tête du trésor des Nibelungen qu’il a remporté en tuant le dragon Fafnir. C’est dans le sang de cet animal mythique, tué avec une arme qu'il s'est lui-même forgée dans les mines des Nains, que Siegfried acquiert l’immortalité (ou presque…) qui lui permet aussi de délivrer la reine d’Islande Brunhilde, victime d'un sortilège de sommeil infligé par Wotan lui-même. Elle l'invite à rester auprès d'elle, il lui promet de revenir, il provoque Gunther en duel mais sa sœur l’intéresse plus que son royaume, il lui suffit d'un regard pour le savoir, Gunther accepte de donner sa fille à Siegfried si celui-ci lui permet de se marier avec Brunhilde. Or celle-ci n'a jamais oublié Siegfried et n'a jamais cessé de l'attendre, elle n'acceptera son union, et celle de son pays avec le pays des Burgondes, que contrainte et forcée, surtout que son chevalier épouse sa rivale le même jour. La liesse qui suit le double mariage ne durera pas car les Huns viennent mettre leur grain de sel…

Après avoir remis au goût du jour le docteur Mabuse déjà à l'origine mis en scène par Fritz Lang, Harald Reinl récidive avec ses propres Nibelungen dont le vieux maître avait donné sa version légendaire au tout début des années 1920. Le diptyque de son successeur ne s'écarte pas vraiment de la forme que Lang avait choisie, le scénario est similaire sauf que bien sûr maintenant la couleur et le son apportent chacun ce qu'il faut à l'histoire pour qu'elle devienne une véritable tornade de mythologie héroïque comme on les aime : superbement mises en scène par un artisan de grande qualité, trois heures de délire hors du temps et de l'espace dotées d’un magnifique travail de photographie d’Ernst W. Kalinke (par exemple des guerriers qui se découpent sur le ciel rouge du soleil couchant) que méritent bien de très beaux décors (les dolomies !). Bien sûr, les effets spéciaux aujourd'hui sont rigolos comme ce dragon à peine articulé, ce roi nain difficilement invisible et ces cailloux en polystyrène, il n'empêche qu'à l'époque on ne doute pas que dans les salles obscures l'effet fut là pour faire vibrer les rangs de sièges. La musique signée Rolf A. Wilhelm est d'ailleurs là pour accompagner cet élan. Jolis décors et accessoires (costumes, armures, drakkars…) à signaler ainsi que de belles couleurs vives comme Mario Bava ou Roger Corman savaient manier, tout comme les squelettes et autres détails macabres que le film gothique d’alors a dû inspirer.

On pourra trouver que, malgré une longueur honorable de quasiment trois heures, ce film de coproduction germano-yougoslave va vite en besogne, on ne pourra donc pas lui reprocher de manquer d'action ni de personnages charismatiques, on note même parmi les rôles plus discrets des personnages en devenir comme le futur Terence Hill, alors encore au tout début d'une immense carrière. En bonne histoire moyenâgeuse, le cocktail est toujours le même : un héros au destin tragique, des trahisons, des guerres et bien sûr des amours, tout ça noyé dans un torrent de larmes avec un romantisme de chevalerie qui ne se dément jamais, pense par exemple à ces incroyables feux que Siegfried doit traverser (torse nu bien sûr, et pourquoi pas avec le sourire !) pour délivrer l’évidemment très belle Brunilde ! Les belles armures de l’ennemi, les murailles de ses hauts châteaux, les volcans, les chutes, les geysers, les plaines désertiques, rien death-y-dément ne peut arrêter un héros chevalier servant, pas même le regard austère des Nornes ! Pourtant ces créatures l’ont vue, la feuille tombée sur le dos musculeux de notre Siegfried, on risque donc de faire un peu moins le malin plus tard. D’autant qu'il faut avouer qu'il a beau développer des qualités morales louables dans ce contexte et une musculature non négligeable, on ne parierait pas sur Siegfried s'il devait combattre avec des pièces d’échecs ou bien des chiffres et des lettres. On ne peut pas tout avoir.

Bonus : diaporama et surtout Le Trésor des Nibelungen, livret de 80 pages rédigé par Laurent Schang et Alain Petit ! Le premier revient sur le côté historique indéniable d'une légende remontée de la fin des âges avec un topo à propos de la Burgondie dont au final on ne sait plus trop grand-chose, Alain Petit quant à lui revient sur la carrière relativement exemplaire du réalisateur Harald Reinl qui aurait pu être italien quand on compulse attentivement sa filmographie bourrée à craquer de changements de ton, de style, sans pour autant démontrer d'un manque de talent : l’homme était à la fois doué pour s’adapter à son époque et à ses courants dominants, mais avait aussi le nez suffisamment creux pour sentir venir la vague du western européen qu’il finira même par précéder avec la célébrissime série autour du personnage de Winnetou.

Infos / commande : https://www.artusfilms.com/histoire-et-legendes-d-europe/la-vengeance-de-siegfried-323

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