Chroniques DVD
15
Aoû
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : comédie givrée complet

Scénar : ponte du culturisme ou pas, les gueulards finissent avec une orange scotchée dans le bec, et toc ! Mais en même temps, c'est bien la peine de prévoir un enlèvement si on laisse mourir connement la cible non ? On soupçonne rapidement les terroristes d’Action Mutante, un groupuscule antisocial de mutants gueudins qui s'attaquent aux beaux, aux sportifs et dont le leader historique vient de plus d'être libéré de taule. Il faut reconnaître que le « pauvre » Ramón Yarritu, très irascible de nature qui plus est, a un sacré boulot pour diriger de telles catastrophes ambulantes. Mais on aurait un peu tôt fait de les prendre pour des glands car ce serait oublier le monde des cons qui dirigent, des magnats over-thunés qui se sont en même temps dotés de robots pour faire le boulot pendant qu'ils se gavent sans en foutre une rame. Puisque c’est comme ça, les membres d’Action Mutante décident de kidnapper la jeune fille d’un grossium, Patricia, lors d'une soirée. Mais les bandits, à part peut-être leur chef, et encore, sont d’ultimes crétins et font capoter une belle partie du plan qui incluait secrètement que leur leader comptait bien se garder la rançon et se débarrasser de ses sbires les uns après les autres. Donc tout dérape, ¡ay!

Álex de la Iglesia, à l’origine dessinateur de bande dessinée, s'approche du monde du cinéma où le puissant Pedro Almodóvar le remarque (après la sortie de son court métrage Mirindas asesinas en 1990) et lui propose de le financer pour ce film complètement barré. Quelle bonne idée le grand réalisateur espagnol a-t-il eue d’aider à l’éclosion d’un univers tel que celui de Álex de la Iglesia ! Dès le générique taré mais rock'n'roll à souhait de ce premier film, on sait que Accion mutante va nous plaire. Faut dire que la chose a de beaux atouts : un scénario légèrement loufoque et nanti de dialogues farfelus entre Tarantino, Caro et Jeunet et le space-opera, une musique aux détournements et aux clins d'œil incessants, de jolis décors, du gore débile qui gicle de partout et, bien sûr, de l’action, forcément mutante, foisonnant de fusillades et de bagarres. Mentionnant déjà la fin du monde, Action mutante est surtout prophétique dans sa vision de la transition intellectuelle qu’ont par exemple vécue les États-Unis en élisant de sinistres crétins aux arguments de plus en plus calqués sur les rêves les plus fous des Bidochon de service, pas drôles ceux-là, mêlant beauferies les plus grasses, nationalisme crasse et réflexes ploucs de repli sur soi.

Malgré la noirceur du discours dystopique, Álex de la Iglesia livre tout de même une comédie hilarante et anarchique, se foutant de tout avec un sourire narquois, poussant les potentiomètres à fond quand il s’agit de grossir bruyamment la connerie générale (les fameux mutants ne valent après tout pas mieux que les autres, agad donc cette façon très Pierrafeu de transporter la jeune fille avec ses cheveux pour poignée, sans déconner !), on y verrait presque du nihilisme clairvoyant dans cette façon de ne choisir aucun héros dans le panier de crabes de l’humanité avec un tout petit h, personne n’est à sauver, ici on le sait bien, et on adore que les acteurs, underground ou pas mais formidables, se soient prêtés au jeu avec tant de jubilation. Álex Angulo, acteur récurrent chez Álex de la Iglesia depuis le départ (il endossera bientôt une mémorable soutane dans le fabuleux Jour de la Bête), tout comme Saturnino García, Ramón Barea, mais aussi Frédérique Feder (vue dans Trois couleurs : Rouge), Karra Elejalde (La Secte sans nom) et bien sûr Antonio Resines (immense carrière entre cinoche et télé) assurent à donf ! Et quelques apparitions sont notables, Rossy de Palma et Féodor Atkine sont dans la place ! Excellent film recommandé, un classique underground !

Bonus : bio / filmographies du réalisateur, « Galerie mutante » (diaporama)

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