Chroniques DVD
11
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

luciano ercoli giallo film Frank Wolff

Genre : giallo les talons hauts

Scénar : une somme énorme en diamants a été volée dans une boutique parisienne. Un bandeau sur l'œil peut ensuite impressionner certains mais contre une cagoule on ne peut rien faire : monsieur le voleur de diamants est égorgé en plein voyage en train. C’est bête, la police avait trouvé en Rochard le suspect parfait, elle se rattrape avec sa volcanique fille Nicole mais celle-ci nie avoir récupéré les diamants. Si elle l'avait fait elle serait en grand danger d’après la maréchaussée… Danseuse de strip pour gagner sa vie alors que son mec ne fait rien et se permet en plus de râler qu'il ne la voit pas assez, elle intéresse beaucoup le docteur Robert Matthews, homme riche grâce à l'argent de sa femme dont stratégiquement il n'a pas divorcé. Cependant, quelqu’un d’autre en a après Nicole : une voix horrible au téléphone fait des menaces à propos des fameux diamants, puis un type cagoulé aux yeux bleus très clairs l’agresse chez elle et la menace de taillader au rasoir son corps gagne-pain. Quand elle trouve dans son armoire de toilette des lentilles bleues incriminant son amant, elle profite de la porte de sortie que lui offre le très prévenant Matthews et part avec lui à Londres où elle découvre la grande vie. L’ambiance change quand devant rentrer à Londres il la laisse dans un cottage à l’entourage peu rassurant…

Luciano Ercoli persiste et signe ! Encore une fois le film qu’il réalise et co-produit est nanti d'une musique superbe cette fois composée du chant de Nora Orlandi et de la partition de Stelvio Cipriani (la mélodie enjouée qui suit l'assassinat, ça, c'est de l'enchaînement !) et d’un casting similaire : les espagnols Nieves Navarro (future madame Ercoli en 1972) et Simón Andreu restent en haut de l’affiche, coproduction hispano-italienne oblige, mais on veut croire à la fidélité entre artistes, le stakhanoviste Ernesto Gastaldi est lui aussi de retour pour le scénario en compagnie de son binôme Mahnahén Velasco qui est également une autre fois assistant réalisateur. Ajouter à cette bande l'excellent Frank Wolff est une excellente idée, d’autant qu’il est ici bien loin de ses rôles dépenaillés des westerns, se révèle même fort charmant. Et il a plutôt intérêt car Nicole / Nieves a un sourire particulièrement ravageur qu’il serait regrettable de paumer à la suite d’une erreur tragique. Sans en faire des tonnes comme c'est souvent le cas (la dégustation suggestive de poisson exceptée), l’actrice est très sensuelle, on ajoutera même qu’elle n'a pas froid aux yeux concernant les rôles un tantinet chauds, tout le monde ne se mettrait pas à nu comme elle le fait. Mais quand on a le corps et le caractère qui va avec, ce n’est que du plaisir pour le spectateur gourmet.

Le suspense, car il faut bien en parler du suspense, il fait toujours irruption au moment où l’on ne s'y attend pas, par petites pointes, quand on croirait les uns rangés dans les tiroirs du bonheur, les autres dans ceux de l’oubli, mais non, on ne peut jamais être tranquille cinq minutes, surtout dans un village qui rappelle celui des Chiens de paille avec ses racontars, ses préjugés, ses voyeurs et sa mentalité étriquée. Et puis faut s’les fader les zarbis du coin parmi lesquels on reconnaît l'acteur de Timide dans Trinita, Luciano Rossi, dans le rôle de Hallory. Sinon, on s’aperçoit de l’âge d’un film à des détails incroyables, en 1971, les flics de la circulation sont encore placés à Paris dans d’improbables coquetiers ! Et au passage, les touches comiques ne manquent pas avec un inspecteur bien plus fin qu'il n’en a l'air et pas dépourvu d'humour, par exemple vis-à-vis de son subalterne. Mais celui-n’est pas le plus à plaindre, demandez donc au flic qui se fait gerber dessus (sans bouger d’un centimètre en plus, le genre pas éveillé quoi). Encore un très bon film de Luciano Ercoli, un réalisateur qui, remarque, semble aimer les jambes, les pieds et les ongles vernis, inclut de jolis effets sanglants, une bonne dose d'invraisemblance scénaristique est aussi là pour compléter l’inventaire d’un giallo en bonne et due forme. Et un troisième et dernier va suivre l’année suivante !

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