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Documentaire
29
Juil
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

« L’Empereur est le dieu vivant qui doit régner sur l'univers.

Le but de notre existence est de grandir en accord avec ses désirs. Le monde d'aujourd'hui se détruit par les forces qui s'opposent : capitalisme et communisme, athéisme et anarchie ». Et, à l’extrême pointe de ce dévouement aveugle de tout un peuple, 4615 japonais seront mort volontairement aux commandes d'un avion, bourré d'explosifs ou pas, en tentant de « percuter » les bateaux ou les appareils ennemis. Acculé au sacrifice pendant la bataille des Philippines, le Japon n'envisage pas encore de capituler et ses officiers, au moyen d’un bourrage de crâne terrible et d’entraînements express, font oublier aux apprentis pilotes leurs convictions libérales (car beaucoup sont des étudiants qui viennent de la bourgeoisie) qui vont même à la mort le sourire aux lèvres.

En effet, fin 1944, MacArthur approche dangereusement de l’archipel à la tête d'une force marine énorme comprenant 200 000 hommes et 1000 avions qui bombardent de plus en plus près de Tokyo… C’est pourquoi l’amiral Onishi vient prendre en main les opérations avec une approche radicale d’un nouveau genre : le Jibaku (plongeon final pour entraîner l'adversaire dans la mort). Malgré des résultats sporadiques - mais terriblement efficaces - avant leur « officialisation », les escadrilles kamikaze de la marine sont constituées et jetées sur les porte-avions tandis que l’armée de terre va faire de même de son côté avec ses Tokubetsu qui viseront eux les B-29, sans oublier les bombes pilotées Jinraï (« tonnerre de dieu ») plus simplement appelées Oka (« fleur de cerisier ») par les soldats… Les aviateurs ne sont pas les seuls candidats au suicide, des soldats se terrent bardés d’explosifs dans leur grotte ou filent à cheval sur une torpille, certains vivront l’épopée tragique et inutile du cuirassé géant Yamato…

« Le poids écrasant de la tradition millénaire est trop fort : héroïsme érigé en dogme, obéissance passive, foi en la personne divine de l’Empereur, confiance dans les chefs qui ne sauraient se tromper. Les familles elles-mêmes les poussent au sacrifice ». Mais si au début les volontaires se précipitent grâce à une propagande ciblée, le matériel humain ne suit pas, la formation des pilotes est trop courte et le fanatisme de l’armée japonaise provoquera une escalade de l’horreur avec la naissance du sinistre carpet-bombing au napalm préconisé par son maître d'œuvre Curtis Le May sur les villes japonaises, puis poussera le président Truman à mener à bien le projet Manhattan : Hiroshima et Nagasaki seront immolées.

C’est cette histoire terrible, parfois un peu romancée par l’auteur pour permettre d'utiliser des personnage narrateurs, qui nous est contée ici, l'histoire du Japon des années 1930 et les troubles fomenté par les fanatiques militaristes faisant également l’objet d'un rappel. Cet excellent livre est l’occasion de se souvenir d’une époque aux frontières de la folie malgré les innombrables drapeaux et idéologies brandis par les uns et les autres, quand l’homme est à ce point devenu un loup pour l’homme qu’il s’y cassa les crocs.

265 pages, incluant un cahier de photos en noir et blanc
ISBN : 225801851X

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