Chroniques romans
15
Fév
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Quand on demande au bouquiniste Jonas Milk où est sa femme Gina,

il répond qu'elle est allée voir sa copine La Loute à Bourges mais ce n'est pas vrai. La vie terne de Jonas, la passion qu'il a pour ses timbres ne semblait plus faire vibrer la jeune fille, qui plus est du genre - très - volage. Marchand de timbres de collection très réputé spécialisé dans les vignettes atypiques (l’imperfection est gage de rareté et donc de valeur chez les philatélistes chevronnés), Jonas ne s’étonne pas qu’elle ne reparaisse pas, mais il s’en veut. Il cultive cette bizarre attitude consistant à faire comme si de rien n'était mais la belle s’est aussi tirée avec ses plus précieux timbres… Mais lui ne s'inquiète que pour Gina qu’il aime éperdument, se reproche de n'avoir signalé à personne la mystérieuse escapade, continue de vivre malgré tous les regards qu’il sent sur lui plus pesants que d'habitude, ne serait-il pas en effet celui que l'on soupçonnerait d’emblée en cas de malheur…?

Georges Simenon n'a pas son pareil pour installer son décor, décrire ses personnages et les relations qu'ils entretiennent entre eux dans un milieu plutôt étroit : le village. La cartographie de celui-ci se dessine facilement dans l'esprit, l'ambiance chez les personnages aussi, les odeurs aussi, tout se développe via une écriture très sensitive, très humaine en fait s’il on veut trouver le mot qu'il faut, et sans action ni coups de revolver, l’auteur instaure son climat de suspicion et un véritable suspens en effeuillant peu à peu les histoires des uns et des autres via les pensées de son unique protagoniste (ou presque, mais le reste n'est quasiment que « décor », le bar de Fernand Le Bouc est par exemple un véritable théâtre aux caractéristiques palpables où peu importent les noms des gens, ce sont les regards, les gestes, les tics qui font les traits de ces lieux, on pense aussi au marché de la bourgade, ses habitudes immuables et ses personnages que chacun reconnaîtra).

Le Petit Homme d'Arkhangelsk est l’exposé fictif de la complexité de la pensée humaine face au qu'en-dira-t-on des petites bourgades (celle-ci, située imprécisément dans le Berry, rappellerait presque celle de La Cité de l’indicible peur mise en scène par Monsieur Mocky d'après Jean Ray), la fragilité de certains taiseux confrontés à la perfidie des allusions innocentes en apparence, l’ostracisation systématique dès le soupçon né dans les esprits, la douleur des interrogatoires intimes et insidieux que le fiel a parfois écrits par le biais de la satanée rumeur, et la difficulté de l'exil, terrible, des russes sans nouvelles de leurs proches peut-être éliminés par impitoyable « révolution » de 1917… Si on se demande au passage ce que veut signifier l’auteur avec plusieurs allusions à la « race » russe de Jonas (mais aussi à la « race » israélite), n’empêche qu’en voilà une chouette couverture pour les philatélistes, on se rappelle ému que les soviétiques étaient en effet assez bons dans ce domaine, c'est bien réconfortant pour les yeux.

Un roman plutôt du genre désespéré mais aux beautés insoupçonnées.

185 pages
ISBN : 2258003415

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