Chroniques Blu-Ray
12
Mai
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : putain, plus que 2 ans !

Scénar : en 2024, il ne reste que des ruines et des hommes dans leur état naturel, c'est-à-dire des bêtes qui n’ont d'autre obsession que de se jeter sur les femmes et la nourriture. Vic, un grand échalas équipé d'un bon fusil, n’est pas différent des autres à un détail près : il a pour compagnon un chien télépathe ! Leur relation est étrange : le chien, Blood, se moque de l’homme qui d’après lui devrait plutôt chercher à manger plutôt que penser à ses bas instincts, l’homme se moque du chien qui a perdu son flair quand il est devenu intelligent, le chien rappelle qu’il est le seul a repérer les « femelles », on ne peut pas faire plus complémentaires dans un monde où la loi du plus fort règne. Ce désert qui recouvre ce qui était autrefois Phoenix, Arizona, est le terrain de chasse de bandes sans foi ni loi mais accueille parfois des créatures différentes comme ces trois personnages qui suivent Vic à la trace car ils ont décidé qu'il était « leur » homme et pour l’attirer dans leurs filets, ils vont sortir leur arme secrète : une femme que Blood a tôt fait de faire miroiter à Vic en échange de pop-corn, le chien ne concevant pas d’aller regarder un film sans pendant que les hommes essaient de se délasser. Vic finit par tomber sur la jolie Quilla June mais les mœurs anciennes ont disparu et la bestialité règne : il lui saute dessus dans l'intention de la violer mais, bizarrement, sa façon douce de lui parler le contraint à une conversation à laquelle il n'est pas habitué. Bientôt un dilemme se pose : Quilla veut aller « En dessous » dans les ruines, Blood veut aller de « L’autre côté » où la vie serait luxuriante, quel chemin choisira-t-il ?

 

Ça y est, les images introductives ne trompent pas, les champignons atomiques non plus, les hommes imbéciles ont réussi à se détruire la gueule, pas trop tôt depuis le temps qu'ils essayaient ! Dans cette dystopie typique de l’époque, si la troisième guerre mondiale a éclaté en 1950 et duré jusqu'en 1983 entre les blocs Est et Ouest, « la quatrième guerre mondiale dura cinq jours » et comme le souligne non sans humour l'introduction, les politiciens ont du coup enfin trouvé comment régler le problème du logement. Dans de jolis décors de carcasses enterrées, de terre craquelée et de climat désertique, tous post-apocalyptiques à souhait, L. Q. Jones, plus connu pour son passé d’acteur vétéran, adapte un texte d’Harlan Ellison qu’il a adorée après que son directeur de la photo lui a conseillée. A l’origine, Ellison devait écrire le scénario mais suite à un « trou », l’écrivain n'en écrivit qu'une partie, c’est Jones lui-même qui finira le boulot. Bien qu’invité à participer au film, l'auteur n'en fait rien et laissera le réalisateur faire jusqu'à sa découverte du film en salle où il va s’arracher les cheveux. Si Jones a tenu à coller absolument au matériau d’origine, il lui donne des couleurs (particulièrement au niveau des dialogues) que l’écrivain déteste. Comme beaucoup qui ne connaissent rien au cinéma, il pense que le doublage prend cinq minutes à changer, quand il revient sur terre il trouve une solution pour le faire refaire mais n’arrivera jamais à faire changer à Jones la scène finale qui diffère largement de celle de la novella (format de longueur moyenne très anglo-saxon entre nouvelle et roman) publiée en 1968.

 

Tout dans ce film montre qu’il était en avance sur son temps, et de loin, jugez juste de cette bande menée de main de fer par un chef tyrannique (qui a tôt fait de rappeler que « le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent ») et dont le véhicule rudimentaire, muni aussi d'un barde au service de son maître, rappelle tout de même que Mad Max : Fury Road a sûrement des origines autres qu'une simple suite ! Il se trouve que, nous l’apprenons dans un bonus vu après, George Miller confiera lui-même que sa saga Mad Max était une sorte de version « commerciale » de Apocalypse 2024. Plus étrangement, notre cerveau malade a cerclé chez les gens du dessous une petite folie qui rappellerait carrément le monde cinglé du Prisonnier Patrick McGoohan. Drôle de film où le chien fou n'est pas le chien, Don Johnson (et son compère velu qui sait aussi se défendre et même attaquer !) jouent très bien, Tim McIntire, aussi composteur, double le chien comme un chef, on est toujours heureux de revoir le grand Jason Robards et la caution entre charme et malice de Susanne Benton est plus que bienvenue dans un univers noir qui n’empêche pas beaucoup d'aventure et d'humour mais se permet aussi de l'émotion. Un très bon film qui gagne à être bien plus connu, c’est bien simple, c’est la meilleure découverte que nous fîmes cette année thanks to Artus Films, toujours sur la brèche pour proposer de jolis combos digipak BluRay / DVD (avec master 2K restauré de la version intégrale) ! Avec la BD de Corben ça fera un maxi-cadeau de Nouillel de la mort à tous les fans de SF !

 

Bonus : entretien de 2013 entre L.Q. Jones et Harlan Ellison (51’, très intéressant puisque les deux gamins de quatre-vingt-cinq ans se renvoient, parfois vivement, la balle, pas besoin d'un intervenant chiant ou pédant, c'est parfait pour se rappeler l’un l’autre leurs disputes au sujet d’une véritable épopée cinématographique, mais aussi un peu leur vie en général et c'est trop drôle - l’anecdote de la façon dont les fonds ont été récupérés pour refaire le doublage est absolument géniale - pour être critiqué alors que nous n'avions jamais vu ce film avant), Anticipation 2024, par Christian Lucas et Stéphane Derderian (24) qui reviennent sur le cinéma de science-fiction, particulièrement de la « science-fiction adulte » plus intellectuelle et pessimiste, (qui couvre en gros la période 1968-1979, de 2001 et La Planète des singes à Star Trek, le film en passant par Terre brûlée, THX 1138, Silent running, Mondwest, Soleil vert, Phase IV, L'Âge de cristal, Les Survivants de la fin du monde ou encore Quintet), diaporama, et deux bandes-annonces originales (la deuxième vaut un Tex Avery)

P. S. : parmi les musiciens, un certain Ray Manzarek est bien le claviériste des DOORS ! Et on en profite pour ajouter que la chanson-titre country est fort réussie !

Infos / commande : https://www.artusfilms.com/sf-vintage/apocalypse-2024-338.

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