Chroniques DVD
08
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

giulio questi giallo thriller machination

Genre : thriller politique visionnaire

Scénar : un beau trio que voilà ! Elle possède une usine de poulets en batterie qu'elle pousse à l'automatisation et en fait virer les ouvriers qui semblent parfois vouloir lui faire payer. Lui ne pèse pas le même poids, il est certes directeur et contact régulier de l’Association (en gros le haut du panier de l'industrie du poulet). La petite dernière est la nièce de la patronne adoptée après le décès tragique de sa famille dans un horrible accident de voiture. Lui se rend régulièrement dans un hôtel au bord de l'autoroute où il rencontre des prostituées, la dernière fait les frais de ses perversions quand il se décide à défourailler un matériel de boucher visiblement efficace. Il ne sait pas qu’un témoin a assisté à la scène. La jeune et jolie nièce est aussi sa maîtresse et il tente d'avoir à l'œil ses moindres faits et gestes car il semble bien qu'elle sorte à l'insu de tous pour rencontrer quelqu'un. L’Association, qui veut pousser plus loin la commercialisation de ses poulets, lui adjoint un jeune homme communicant tandis qu'un biologiste tente de trouver le moyen de donner naissance à des animaux qui donneraient plus de viande et occasionneraient moins de restes. Pour toujours plus de profit. Ce jeune loup semble plaire à la nièce tandis que sa femme délaissée et vivant mal la concurrence de la belle blonde, le traite parfois avec hauteur…

Coproduction franco-italienne pour ce deuxième film du très grand Giulio Questi marqué par un trio d’acteurs formidables : les divines Gina Lollobrigida et Ewa Aulin, l’impeccable Jean-Louis Trintignant. L'accumulation de symboles et d'allusions dans le scénario est jouissive à suivre, on regrette simplement que la piste des runes sur le foulard n’ait pas donné lieu à un autre virage dans une histoire qui n'en manque pas, on a en effet gardé du giallo la complexité du récit mais Questi se livre ici en parallèle à une critique féroce des véritables débuts de l'horreur industrielle qui ne considère plus les animaux que comme des produits sans nom, sans âme, sans émotions, multiplie les expériences parfois grotesques (les manipulations d’isotopes radioactifs étant le pompon). On l’aura compris depuis ses débuts au cinéma, un film de Giulio Questi n'est jamais seulement un innocent divertissement mais bien la mise sous microscope d'un microcosme où règne comme une éternelle ambiance de suspicion, celui de la haute bourgeoisie qui fricote bien évidemment avec la les requins de la bourse. C’est aussi un film social sur l'automatisation du travail et sur la mise au chômage des ouvriers, également considérés comme du matériel remplaçable, répétons-nous, pour toujours plus de profit et moins de qualité.

Toutefois, un film de ce réalisateur se révèle aussi être une satire sans pitié d'une efficacité redoutable parce qu'elle use d’un humour féroce (cette caméra du départ qui se balade sur les murs de l'hôtel / cage à poules comme pour montrer les occupants des différentes chambres où certains ont des occupations très inquiétantes (un prépare par exemple son suicide imminent en se collant un sac plastique sur la tête avant de se le scotcher sur le coup), de tendresse aussi (le couple Trintignant / Aulin est très séduisant, particulièrement quand les deux rêvent à jouer les Bonnie and Clyde en se roulant dans l’herbe) sans oublier une pointe de science-fiction (quels horribles spécimens nés des expériences dignes d’un savant fou, voire d’un boucher nazi) qui n'est en fait que de l'anticipation tellement est proche la réalité de nos jours dans ce film de cinquante-cinq ans d’âge. Il évoque déjà en cette année 1968 les tripatouillages génétiques dans le seul but d’un rendement optimum pour un minimum d’humanité dans le processus. Soulignons pour conclure une très étrange bande originale que l’on situerait entre sonorités jazz manouche, guitares flamenco et musique concrète. Ce n’est pas compliqué, on tient avec La Mort a pondu un œuf un chef d’œuvre de cinéma engagé dépourvu de l’habituel bourrage de crâne

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