Chroniques DVD
02
Aoû
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

weiss fuller documentaire camps falkenau

Genre : l’horreur à l’état pur

Le 9 mai 1945, après la dernière bataille de l'infanterie américaine en Europe avant la signature de l’armistice, à Falkenau dans les Sudètes, un officier, le capitaine Richmond, outré par les notables de la ville voisine qui prétendent ne pas être au courant du camp de concentration voisin où des cadavres ont été jetés comme des déchets et que les soldats ont découverts à leur arrivée, demande à un tout jeune Samuel Fuller de récupérer la caméra que sa mère lui a envoyée et lui ordonne l'ordre de réaliser ce qui sera son premier film : les prétendus innocents vont donner digne sépulture aux cadavres entassés là en les rhabillant avant de les enterrer, sous le regard des soldats américains et russes.

Dans son témoignage qui ne manque pas d'amertume ni d'acide, Fuller ironise sur le fait que tout « finit » à l’endroit où tout a commencé, quand Chamberlain et les autres s’étaient écrasés devant Hitler fin septembre 1938 en signant les accords de Münich. Le récit, entrecoupé au départ d’images de certains de ses propres films forcément marqués par la macabre découverte du camp, est rapidement suivi des images authentiques, les seules qui aient survécu de ce genre d'événement, tournées sur place et où l'on voit des civils habiller les corps qui n'ont pas pu être brûlés avant de les amener sur de petites charrettes vers leur lieu de sépulture où les coupables de mensonge vont aussi devoir s’affairer.

Fuller, un bon gros cigare au bec, mime les opérations, raconte l'horreur qu'il a vécue à la découverte du camp, la tension extrême qui régnait sur les lieux où tout pouvait dégénérer rapidement (avec l’armistice s’envole en effet tout espoir d’executer immédiatement les coupables : ce qui était acte de guerre la veille devient le jour suivant un meurtre…), évoque l'odeur épouvantable qui règne et que les notables voisins prétendaient n'avoir jamais sentie…! Le plus affreux peut-être, c’est le sort des prisonniers encore en vie à l’arrivée des « libérateurs » : si un tiers pourra partir, les autres, soit si faibles, soit si contagieux, durent rester dans le camp et y mourir car absolument plus rien n’était possible pour eux…

Les bâtiments du camp ont aujourd'hui disparu mais ces images muettes terribles sont toujours là, on devrait inlassablement les passer à tous ceux qui prétendent encore nier l'évidence comme les débiles profonds qu'ils sont, car Fuller le dit lui-même en évoquant le « détail de l'histoire » de Le Pen qui le dégoûte, cet exemple de camp était un exemple parmi tant d'autres, et pourtant il était qualifié de simple « camp de travail » ! Nier les crimes du régime nazi, mais aussi ceux de tout un peuple au crâne quotidiennement bourré, c'est refuser l'évidence que n'importe où aujourd'hui peut resurgir le passé pas si bien enterré. Ce 9 mai décidera Fuller à continuer dans le métier de l'image, il est évident que cette vision d'apocalypse a marqué sa façon de voir les choses et de les représenter ensuite.

 

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