Chroniques BD
05
Aoû
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Une escouade de soldats japonais débarque sur une île de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (Nouvelle-Bretagne orientale, Kokopo, pour les tâtillons…).

En attendant l'inévitable assaut ennemi, ils apprennent à vivre dans un milieu pour le moins hostile qui le deviendra sensiblement plus quand les Américains arrivent et que les morts commencent à tomber les uns après les autres dans cette boucherie sans fin imposée par une connerie sans nom. Par exemple celle de l'élite militariste d'un pays qui a voulu faire croire à son peuple l'impossibilité de la défaite et la divinité de son empereur, quitte ensuite à exiger de tous le sacrifice au nom d'un refus absolu de l'humiliation, une capitulation n’était plus envisageable après un bourrage de crâne incessant et d'une violence infinie, les idéologues s'attaquant dès l'école à cultiver un patriotisme déjà très fort au Japon jusqu'à un sentiment de supériorité mais aussi d’extrême culpabilité dans l’éventualité d’une défaite. Le suicide ou le sacrifice inutile est alors préférable à toute autre solution.

« Selon moi, le fait d'avoir survécu à une " opération mort " n'est en aucun cas une preuve de lâcheté, comme on le pensait à l'époque, mais au contraire un ultime sursaut de résistance comme l'être humain est capable d'en avoir. » S'il peut parfois se révéler amer, et on doit le comprendre quand il vient d'un authentique vétéran (qui perdit d'ailleurs son bras gauche à la suite d'un bombardement), l'humour est omniprésent malgré le climat horrible de peur, à la fois de la discipline de fer que fait régner une brochette d'officiers fanatiques et brutaux, mais aussi de tout le reste : l’ennemi, quand on y pense, mais aussi la faim, les conditions climatiques de dingue, les maladie tropicales, la fatigue due à un travail de fourmi pour exécuter une quelconque construction dans la jungle, les châtiments corporels qui tombent sans arrêt sur des soldats considérés comme des moins que rien, bons qu’à exécuter des ordres absurdes comme par exemple trouver un cochon dans la jungle (!) pour le repas du nouvel an : « qu'il y en ait ou pas, c'est les ordres… »

En toute humilité de néophyte non-dessinateur, on remarque et apprécie cette dualité qui peut à la fois évoquer une simplicité du dessin des planches où figurent des personnages aux tronches pas possibles tandis que les décors sont pour leur part incroyablement détaillés de main de maître, on retrouve aussi le soin très japonais qu'apporte le dessinateur à la reproduction des animaux et des avions. Si on devait situer cette œuvre sur une quelconque position spacio-artistique, on planterait le repère de ce chef-d'œuvre de la bande dessinée, digne du photojournalisme, quelque part entre Otto Dix et Joe Sacco. Un pamphlet qui fustige à la fois l'absurdité des ordres et la forfaiture de ceux qui les donnent quand le danger se retrouve soudain face à eux. Mort à la guerre, certes, mais mort à ceux qui les provoquent surtout.

368 pages en noir et blanc, 31,50 €
ISBN 9782915492637

P. S. : pour aller plus loin, lire : L’Aventure kamikaze de Jean-Jacques Antier (Presses de la Cité - 1986) et De la mort à la vie - Souvenirs d’un pilote de Zero de Ogawa Kikumi (Lettres japonaises / L’Harmattan - 2018). Et pourquoi pas Dialogues politiques entre trois ivrognes de Nakae Chômin (CNRS Editions - 2008).

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