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Chroniques BD
19
Jan
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Dans un monde qui sent déjà venir la catastrophe irrémédiable, c’est du Tibet que part la guerre…

Elle est menée contre tous par l'Empire Jaune de l'empereur usurpateur Basam-Damdu et son âme damnée le colonel Olrik grâce à un armement incroyablement puissant et une résolution impitoyable face à l'ennemi. Olrik distribue aux officiers les objectifs de leur mission tandis qu’il s'octroie un objectif en Angleterre, une usine où est basé le professeur Mortimer, amis du capitaine Blake, directeur du MI5, mais surtout créateur d’un engin révolutionnaire nommé Espadon qui semble beaucoup intéresser l’armée jaune. Blake sait bien que des cinquièmes colonnes attendent partout de pouvoir passer à l'action le jour de l'attaque, il croit celle-ci imminente, elle est en fait pour le lendemain : le « monde libre » ne l’est plus pour longtemps et si la mobilisation générale est déclarée, il est bien trop tard, les armées et les capitales sont écrasées les unes après les autres sous un déluge meurtrier. Blake et Mortimer parviennent à s’enfuir mais atteindre la base secrète ne sera pas une aventure sans embûches mortelles…

Le Rayon « U », malgré ses racines profondément comics, établissait déjà ce qui allait devenir le monde de Blake et Mortimer, d’abord très masculin (idiote séparation sexuée des cibles et censure obligent…) mais aussi bourré de connaissances à glaner et de science-fiction / anticipation vintage, ce premier album lance une fascinante machine qui peut constamment faire penser à Tintin au travers d'un graphisme d'un grand classicisme mais nourrira ceux que l’œuvre immense d’Hergé ne satisfaisait plus entièrement, rapport à la facette éternellement boy-scout de son héros à houppette. En effet, la noirceur qui émane de l'œuvre de Jacobs le différencie de beaucoup d'autres auteurs de la même époque, le fan d'aéronautique est toujours aussi ravi (ah, l’Aile rouge d’Olrik ou le Golden Rocket de Blake et Mortimer sont des avions formidables, les requins stratosphérique aussi ! Point commun, encore, avec le mentor Hergé fin dessinateur d’engins de toutes sortes)), celui d’aventure aussi, ce premier Espadon saute dans tous les sens, malmène ses protagonistes sans arrêt.

Quelques chouettes dessins pleine page sont là pour mettre en exergue les scènes marquantes d’une histoire qui tutoie à la fois l’espionnage, l’historique, le récit de guerre (l’époque de l’écriture s’y prête bien, n’est-il pas ?) et donc le drame car les compagnons de nos héros tombent comme des mouches face à la fourberie sans limites de l’ennemi. Il ne fait pas bon être du côté du bien à cette époque entre contemporaine et imaginaire du XXème siècle, heureusement que le dévoué soldat indien Nasir, certes un peu traité à la coloniale, est une solide gaillard, l’apex est désormais constitué, le fer de lance de la raison contre la folie meurtrière d’un tyran sadique et l’ignominie faite homme : l’insubmersible colonel Olrik désormais ennemi juré d’un duo sur les fonds baptismaux mais appelé à régner sur le territoire de la bande dessinée européenne (pour adultes malgré sa parution dans le Journal de Tintin ?) de la fin des années 1940. Ouaip, z’avez saisi, on est maxifan. Et malgré la mort de Jacobs en 1987, la série continue bon gré mal gré.

56 pages en couleurs
ISBN : 2870970021

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