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Chroniques Blu-Ray
08
Mai
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : drame à filigrane politique

Scénar : en pleines élections, l'horloger Michel Descombes discute en rigolant avec ses potes qui déblatèrent volontiers sur la politique et le reste comme pendant un repas en brasserie classique, peine de mort, faits divers et cætera… Mais on se marre moins quand on s'y confronte… Car les flics déboulent soudain chez lui et demandent à les suivre sans lui dire pourquoi. En fait, on a retrouvé sa camionnette avec laquelle son fils aurait embarqué une fille et aurait tué un homme. Assommé par la nouvelle, il découvre que la victime était une véritable ordure mais pendant que la police enquête, la presse fouine et défile chez l'horloger… Pour autant son fils a-t-il vraiment pressé la détente ? Et voilà que deux fumiers valets du patronat viennent lui casser sa vitrine à la boule de pétanque, l’affaire prend une tournure politique mais, malgré la froideur de son fils, Descombes décide de se battre.

L’Horloger de Saint-Paul n’est pas le premier projet de Tavernier car plusieurs ont été contrariés avant mais la lecture du bouquin de Simenon (L'Horloger d'Everton) le motive et, malgré les embûches, il va monter son - premier - film qui est formidable, en particulier grâce à deux acteurs immenses : Philippe Noiret, infiniment touchant dans cette personnification de la bonté / beauté d'âme, mal-aimé torturé par le désamour de son fils, et Jean Rochefort, plus retors qu'il n’en a l'air bien que touché par le personnage de l’horloger. Une part d'improvisation avérée apporte son lot de crédibilité à un film qui ne contient rien de spectaculaire si ce n’est des hommes, des vrais. Qui aiment visiblement bien bouffer (innombrables scènes de repas), notons au passage l’allusion à La Grande bouffe qui scandalise le pays à peu près au même moment.

Bertrand Tavernier nous convie aussi par le biais du film à une belle visite de Lyon qui devient presque un personnage à part entière, et puis bon, la France des Renault 16, des deudeuches et des trolleybus rendrait presque nostalgique si on n’abordait pas le climat grisâtre d’un pays résolument de droite qui conspue les « gauchistes » constamment (ah elle est toujours belle, l'opinion publique, quand elle voue le premier venu aux gémonies suite à des préjugés) dans une ambiance électrique de grève, de hausse des prix, de discours démagos, le film aurait pu sortir hier ! Car comment ne pas être d’accord - encore aujourd’hui - avec Antoine, interprété par l’excellent Jacques Denis ?

« Quand on n’arrive plus à respirer, on finit par casser les vitres !

On étouffe mon vieux, on étouffe dans ce putain de pays !

Avec ce climat de lâcheté, ce confort satisfait qu'on entretient par tous les moyens…

Et merde ! »

Bonus : bande-annonce, interview de Tavernier et Noiret (2001) et de Rochefort (même année)

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