Chroniques DVD
11
Fév
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : la Nouvelle vague arrive à Sète

Scénar : dans cette petite rue de Sète, c’est l'heure du repas, on entend des bruits de vaisselle, mais, coup d’œil à travers la fenêtre : qui est cet homme planté sous le figuier ? La présence de ce type que personne ne connaît intrigue bientôt tout le quartier : et si c'était un contrôle ? C’est vrai qu'on s'arrange un petit peu avec la loi dans ces quartiers pauvres mais fiers et droits face au Mistral. Et voilà que soudain l’homme est rejoint par un autre, la tuile, c'est le service d'hygiène ! Un des costauds du voisinage réussit à faire décamper les importuns mais ceux-ci jurent de revenir… De son côté, un natif de Sète, revenu après quinze ans d'absence près de la maison où il est né, accueille sa femme au train. S’il est heureux d'être revenu, sa femme a l'air beaucoup moins à l’aise, elle est en fait venue lui dire qu’elle le quitte, ils vont parlementer en arpentant le quartier de la Pointe-Courte.

En voilà un beau générique qui défile sur une planche de bois belle comme tout, une planche à laver peut-être, tout autour la lessive vole au vent, les augustes platanes font le parasol qu'ils peuvent, tout comme les maisons se câlinent les unes les autres de leurs fins bras d’ombre… Tourné dans des conditions naturelles dans le bric-à-brac de ces quartiers populaires dont les habitants ont collaboré au scénario et à la réalisation, La Pointe-Courte, premier film d’Agnès Varda et monté entre autres par Alain Resnais, est un film bicéphale puisque s’y entremêlent une visite quasi-documentaire d’un quartier typique où les filets prennent plus de place que l'affreux bitume loin encore d'être arrivé chez tous et l’affrontement dramatique d’un couple torturé et compliqué. Les dialogues, pourtant post-synchronisés, sont parfois envoyés avec la gentille maladresse des gens qui ne sont pas des acteurs, mais le charme de la ville de Brassens opère, tout y est : les modestes maisons chargées en enfants que l'on sert abondamment en pâtes, nombre de chats lovés dans les filets, les joutes, les grailles occitanes…

On met un moment à apercevoir le visage de Noiret pour sa première apparition en tête d'affiche mais dès que sa voix magnifique retentit, on se laisse embarquer, comment Silvia Monfort aurait-elle pu résister ? Pourtant, le dialogue entre les époux (« Ils parlent trop pour être heureux » qu’on vous dit !) est du genre châtié et joué sur un rythme assez lent, totalement décalé par rapport à une population simple à l'accent chantant dont la vie va se compliquer de jour en jour pour de véritables raisons loin de la philosophie et de la sémantique : la mort rôde au sein de la pauvreté et s’offre un peu ce qu'elle veut nonobstant les efforts des uns et des autres à s'accrocher à la vie, quitte à parfois frayer avec la filouterie. Les gens sont filmés avec tendresse, leur histoire rythmée par une petite musique pétillante et malicieuse (quand les vigoureux airs occitans ne sont pas de sortie) et les problèmes futurs déjà montrés du doigts : les contrôles et attributions drastiques sur la pêche entre autres. Et, observons de près cette bruyante draisine : « non à la C. E. D. » précise-t-elle, pour un clin d’œil politique habilement camouflé. Petit budget mais grand cœur assurément !

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