Chroniques DVD
19
Jan
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : redoutable tireuse de ficelles

Scénar : à Bangor en 1824, Tim Hager tente de noyer son chagrin dans l'alcool mais tous ne sont pas décidés à l'y aider, particulièrement ceux chez qui il a des dettes comme le commerçant Poster. Certains se font du souci pour sa fille Jenny, celle-ci est pourtant une intrépide peste qui passe à deux doigts de laisser se noyer un camarade de jeu, le fils Poster justement, Ephraïm, mais elle se fait passer pour l'héroïne qui le sort de l'eau… En récompense, le juge Saladine lui propose son aide mais elle refuse de travailler, cette très jeune ambitieuse se jure d'obtenir tout ce qu'elle veut car elle sera bientôt belle et en effet, des années plus tard, elle est devenue une magnifique jeune fille qui cherche le parti le plus riche afin d'arriver à ses fins. Elle jette son dévolu sur le vieux Poster, ce qui met hors de lui son père, toujours occupé à se saouler, qui finit par la battre une fois de trop. Poster la prend pour épouse, Jenny entreprend ensuite de jouer le fils (qui vient de rentrer d'Angleterre) contre le père qui éprouve immédiatement une grande jalousie…

 

Adaptation réussie d'un roman de Ben Ames Williams du même titre que l’original du film (The Strange woman, bien plus adéquat…), Le Démon de la chair met en scène une sublime arriviste, le Diable dans un corps d'ange interprété par une Hedy Lamarr en état de grâce, on se demande vraiment ce qui empêcha cette demi-déesse autrichienne de faire une carrière bien plus prolifique qu’un peu plus de trente films en trente ans, elle mourra même dans la pauvreté après la faillite de sa maison de production et de sordides histoires avec la justice. Cette actrice polyglotte était aussi un petit génie qui contribua à créer ce qui vous permet de lire cet article, un code de brouillage tout d’abord militaire pour contrer l’orientation des torpilles nazies (mais son utilisation fut bien plus tardive) mais bien que l’on reconnaisse depuis toujours son importance, elle ne touchera jamais un sou pour cette invention toujours d’actualité de nos jours dans les domaines de la télécommunication ! La vie est cruelle pour qui, grande beauté, n’inspire pas l’intelligence innée aux masses…

 

Pour revenir au film, Edgar G. Ulmer (d’origine austro-hongroise lui aussi), déjà abordé plusieurs fois par Artus Films 1, a fait du joli travail (on mentionne aussi Douglas Sirk pour la réalisation des séquences de Jenny enfant, il n’est pas toutefois pas crédité au générique), certaines scènes sont même vraiment formidables, particulièrement celle où la foudre tombe et où le couple s'embrasse avec les flammes en arrière plan. Autres caractéristiques, la musique du film est signée par Carmen Dragon, il est plutôt rare de voir un prénom féminin pour le rôle de compositeur de la musique d’un film, ça tombe bien, Carmen était en fait…un homme ! Sinon, au sein d’un casting d’acteurs confirmés comme George Sanders, Louis Hayward ou Gene Lockhartle, on repère un juge double-métrique incarné par Alan Napier, qui sera pour toujours dans le cœur des fans le majordome légèrement guindé Alfred dans les Batman burlesques des Sixties. Laissez-vous tenter par ce drame très noir et sensuel où beautés graphique et physique se rejoignent dans une ambiance tragique.

 

Infos / commande : https://www.artusfilms.com/classiques-americains/le-demon-de-la-chair-319

1 voir L’Île des péchés oubliés de Edgar G. Ulmer (avec John Carradine, Gale Sondergaard…) 1943 et Le Pirate de Capri de Edgar G. Ulmer (avec Louis Hayward, Binnie Barnes…) 1949.

Les mots-clés :

Vous aimerez sûrement...

Quelques chroniques en vrac

mudweiser heavy stoner rock france cd