Chroniques DVD
08
Mai
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

coppola hackman film dvd espionnage

Genre : thriller sur la pointe des pieds

Scénar : le zoom s'approche extrêmement lentement de ses cibles, un mime singe les passants, commence à suivre un homme qui cache bien son jeu, Harry Caul est un as du renseignement qui est chargé avec son équipe d'épier un couple pas ordinaire. La femme repère d’ailleurs immédiatement un agent avec une oreillette. Secondés par un impressionnant déploiement de matériel pour on ne sait quelle raison, les hommes de l’équipe entassée dans une fourgonnette suivent les ordres sans se poser plus de questions, cherchent simplement à obtenir un enregistrement de la meilleure qualité possible. Ensuite, le contrat veut que Caul livre les bandes à un certain directeur et récupère son argent. Mais devant l’absence de l’homme qu’il devait rencontrer en personne, il refuse de laisser l’enveloppe, repart en refusant l’argent d’un prétendu adjoint. Pire, il s'aperçoit que l'endroit où il se trouve est le lieu de travail du fameux couple, de quoi faire naître des questions sur les véritables objectifs de sa mission qu’il va tenter de découvrir à travers les conversations enregistrées sur les bandes. D’un « simple » technicien rigoureux il devient un curieux. Mais ça ne va pas plaire du tout à ses commanditaires déterminés à récupérer les bandes. Quel secret contiennent-elles donc ?

Francis Ford Coppola avait toujours rêvé faire un film sur l'espionnage des masses, la surveillance des pensées, il écrit donc un scénario et réalise / produit celui-ci après le gigantesque succès de son premier Parrain 1 où apparaissaient notamment John Cazale (ici en photographe un poil obsédé sexuel et casse-burnes) et Robert Duvall (très furtif ici dans le rôle du fameux directeur). Gene Hackman, plutôt renommé pour ses personnages de durs à cuire, interprète ici un professionnel de la surveillance, un homme qui semble avoir une vie aussi complètement vide que les gigantesques locaux de son équipe. La partition simple et délicate de David Shire souligne d’ailleurs parfaitement les éléments épurés, squelettiques, de la fantaisie dans l'existence du personnage principal (à part aimer jouer du saxo la nuit et rencontrer une femme qui ne sait rien de lui, que fait-il vraiment à part travailler ?), fait ressentir une solitude intime profonde pour ensuite exprimer comme un passage définitif vers la folie. Mais d’abord, ces espions zélés doivent se rendre à un congrès sur la surveillance, encore un truc un peu paradoxal pour un domaine où la discrétion est obligatoire, et l'individu lambda devra bien se rendre compte qu'on peut faire la fête après entre marchands de malheur.

Le climat de paranoïa totale, amplifié par des sonorités dérangeantes (ce bruit très agaçant d'interférences sonores au départ met direct sur les nerfs !) et des scènes claustrophobiques, s’avère tout à fait crédible quand dans un milieu où l’on espionne absolument n'importe qui sur commande, on ne manque pas d'espionner les autres espions qui sont naturellement des concurrents mais aussi des inventeurs ingénieux de dispositifs ultra modernes pour l'époque. Notre personnage s'aperçoit de plus avec stupeur qu'il est lui-même surveillé, peut-être même par son propre client dont on lui a présenté l'adjoint sinistre qui se trouve être le jeune Harrison Ford. Harry Caul, personnalité torturée plutôt encline à l'autoflagellation mais aussi à la confession à l'église car il est bizarrement très croyant, n'a pas fini de se vouer à l’Enfer ! On signale d'ailleurs au passage quelques effets horrifiques bien vus pour épicer un peu un film que l'on aurait tort de penser pépère. Si l’on est bien loin de ses fresques à tiroirs, on tient là un des meilleurs films de Coppola qu'il considérait d'ailleurs lui-même comme son meilleur, son préféré surtout, alors qu'il avait souvent dit que Le Parrain ressemblait plus à un film de commande qu’à une création personnelle. On recommande chaudement Conversation secrète !

Bonus (sur un DVD à part) : « Gros plan sur Conversation secrète » (sorte de making of, 8’), « No Cigar », évocation de premier court-métrage de Francis Ford Coppola dans lequel il abordait déjà le thème d'un homme d'un certain âge plongé en pleine solitude, bouts d'essais de Cindy Williams et Harrison Ford (11’ en tout), interviews de David Shire, (incluant un duo sur une chanson splendide, 11’) et Gene Hackman (réalisé pendant le tournage du film en 1973) par Coppola lui-même, comparaison entre le San Francisco de l'époque et celui de 2011, « Francis Ford Coppola rencontre les étudiants de la Fémis » (23’)…

1 voir Le Parrain de Francis Ford Coppola (avec Marlon Brando, Al Pacino, James Caan, Richard S. Castellano, Robert Duvall, Sterling Hayden, John Marley, Richard Conte, Al Lettieri, Diane Keaton, Abe Vigoda, Talia Shire, Gianni Russo, John Cazale…) 1972

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