Chroniques DVD
08
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

damiani nero cardinale mafia film

Genre : Damiano Damiani 1 - Mafia 0

Scénar : à la suite de bisbilles concernant l'attribution d'un marché de construction, l’entrepreneur Salvatore Colasberna est descendu à coups de fusil dans la campagne sicilienne. On ne doit jamais oublier que les opérations juteuses doivent tous revenir à la mafia, et pas ailleurs. Le tireur est aperçu par un témoin mais personne n'a rien vu au pays de l’omerta. Le témoin finit d’ailleurs par disparaître et Rosa, sa femme, va voir le capitaine Bellodi, jeune chef des carabiniers locaux, et lui donne, sans vraiment le vouloir, un nom. Potentiellement celui du tueur. Le parrain du coin, Don Mariano Arena, attribue les ressources à qui il veut et vit comme un seigneur féodal mais les activités de ce capitaine inflexible et le dangereux témoignage le rendent soudain nerveux. Il trouve une combine, celle de faire carrément accuser le témoin - il fallait oser - d’avoir tué l'entrepreneur parce qu'il était l'amant de sa femme. Ne reste qu’à convaincre Rosa de ne pas faire d’histoires et d’empêcher définitivement d’agir un très gênant informateur.

Superbe casting pour cette adaptation - très libre - du roman de Leonardo Sciascia (Il giorno della civetta, sorti en 1961) adapté par Ugo Pirro (débuter sa carrière avec le grand cinéaste de gauche Carlo Lizzani a marqué son homme, qui mieux qu’un Damiani ensuite ?) et le réalisateur lui-même. Claudia Cardinale, Franco Nero et Lee J. Cobb sont magnifiques dans leurs rôles respectifs, Serge Reggiani est aussi très crédible dans la peau du chétif mouchard Parrinieddu, et tous ont de plus à leur disposition un excellent scénario et des dialogues très soignés, pas étonnant que le film ait ensuite été remarqué et récompensé par plusieurs jurys. Le personnage de Claudia Cardinale personnifie la position intenable de la femme dans un pays où l'omerta est obligatoire, où le patriarcat règne de main de fer, il préfigure un peu la suite de la filmographie engagée de Damiani, notamment Seule contre la mafiaOrnella Mutti refuse de se faire broyer par un système séculaire (et toujours en place…).

Une témoin à charge méfiante et un flic déterminé et humain (si, ça existe, dans les films en tout cas) sont-ils assez nombreux et forts pour faire vaciller l’obscurantisme ? La question reste posée, on en profite au passage pour assister comme à une analyse du dialogue gestuel entre les « affranchis » et le reste du monde, la musique de Giovanni Fusco (conduite par Bruno Nicolai en personne) rythme le tout avec talent, par exemple cette zizanie que l’on essaie toujours d’instaurer, le plus cruellement possible bien sûr, entre les éventuels coupables dont on se demande toujours lequel dira la première connerie compromettante pour il capo… On en rirait presque si tout ceci n’avait pas encore de nouveaux avatars à notre époque, une tête coupée, dix qui repoussent, ce n'est absolument pas une légende…

P. S. : Damiano Damiani tournera un second film dans une même veine deux ans plus tard, voir Seule contre la Maffia de Damiano Damiani (avec Alessio Orano, Ornella Muti, Tano Cimarosa, Joe Sentieri, Enzo Andronico, Amerigo Tot, Pierluigi Aprà, Salvatore Baccaro, Sandro Arlotta, Diego Morreale…) 1970

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